Quelques idées-clés des pratiques narratives collectives

1. Lorsque nous écoutons et que nous essayons de répondre aux histoires de problèmes que les individus et les groupes partagent avec nous, nous savons que ces histoires ne sont pas uniquement le compte-rendu d’expériences personnelles, mais également les effets et les reflets de problèmes sociaux et culturels beaucoup plus larges.
2. Quelque soit le degré de souffrances, de trauma ou de désolation qu’ils traversent, les individus et les communautés font toujours quelque chose pour réagir aux situations dans lesquelles ils se trouvent. Ils prennent systématiquement des initiatives pour répondre, réduire leur souffrance, réparer leurs préjudices et pour protéger ceux qu’ils aiment.
3. Plutôt que d’imposer nos propres modèles et nos propres méthodes de résolution de problèmes, notre rôle consiste à créer un contexte permettant de faire émerger les savoirs et les compétences que détiennent les personnes et les communautés pour résoudre elles-mêmes leurs problèmes. Ceci consiste à mettre en lumière les compétences, les espoirs, les valeurs, les rêves et les visions qui sont implicitement contenus dans les réactions des gens face aux difficultés. Ceci consiste aussi à renouer le fil de l’histoire de ces compétences et à retrouver leur genèse dans la vie des individus, des groupes et des communautés.
4. Une fois que ces initiatives sont mises en lumière et reconnues, nous recherchons ensuite un public adéquat avec qui les partager et pour qui elles aurons un sens. Il s’agit en général de personnes ou de groupes qui traversent ou ont traversé des problèmes similaires.
5. Dès lors, il devient possible de permettre à ceux qui luttent contre les difficultés et leurs effets de contribuer de façon significative à la vie de ceux qui luttent contre les mêmes difficultés. Au passage, le fait de contribuer à la vie d’autrui et d’en avoir conscience renforce souvent le sentiment d’initiative personnelle* de la personne ou de la communauté.
6. Les réponses des gens aux traumatismes et aux difficultés constituent des formes locales d’action sociale. En les reconnaissant avec respect, en favorisant des descriptions riches de ces initiatives, et en augmentant en permanence le sentiment d’initiative personnelle, il devient possible de combiner entre elles les initiatives éparses et de voir émerger des changements collectifs. Ces changements vont dans le sens d’une réappropriation de leurs vies par les personnes et des communautés soumises à des traumatismes et à des problèmes. Ils apprennent ainsi à lutter contre les effets des difficultés, à se protéger et à protéger leurs proches de l’injustice et de la souffrance.
7. La création et la diffusion des « cultures populaires locales » (local folk cultures) permettent de consolider les savoirs et compétences des communautés concernant leurs propres vies et la façon de lutter contre les problèmes. Elles renforcent également les initiatives sociales locales. Si ces savoirs et compétences peuvent être retraduits dans des productions culturelles (oeuvres littéraires, contes, chansons, films, danses, poésies, célébrations…) cela ouvre énormément de perspectives. Les gens deviennent capable à travers ces productions culturelles de rejouer, de célébrer et de redéfinir leur identité
8. A travers ce type de processus, nous travaillons à ce que Paulo Freire appelle « l’invention de l’unité au sein de la diversité ». Nous devons veiller en permanence à ce que le développement d’un sentiment de communauté ne s’accompagne pas du développement de nouvelles formes de jugements normalisateurs. Ces approches visent à revivifier la diversité dans la vie quotidienne en reconnaissant en permanence l’infinie richesse des compétences, savoirs, valeurs et espoirs que les gens ont pour leurs vies.
9. Ce type de travail se met en oeuvre avec une perspective large, à la fois en termes de vision sociale et d’échelle de temps. Il consiste à créer de nouvelles options pour les personnes et les groupes confrontés à des problèmes, notamment faire en sorte qu’ils puissent contribuer significativement à la vie d’autres personnes confrontées aux mêmes problèmes. Se relier à la fois à sa propre identité et à la vie d’autres personnes développe le sentiment et la capacité d’initiative personnelle individuelle et collective.
D’après différents articles de Michael White et David Denborough