Petite introduction à l’approche narrative

Michael White, décédé en avril 2008, le cofondateur des pratiques narratives (avec David Epston)
Développées en Australie et en Nouvelle Zélande depuis une vingtaine d’années, les Pratiques narratives n’ont réellement fait leur apparition en France que depuis 2004, sous l’égide de Mediat-Coaching, seul organisme français à ce jour à proposer des formations et des ateliers sur le sujet. Une communauté de praticiens narratifs et de professionnels de la relation d’aide qui utilisent les idées et les techniques narratives forte d’une soixantaine de personnes (thérapeutes, consultants, coachs, travailleurs sociaux, psychologues, etc.) s’est développée depuis.
“Le client est celui qui sait”
La démarche narrative est issue des approches collaboratives qui considèrent que “le client est celui qui sait” et du constructionnisme social qui considère que les valeurs, les croyances, les institutions, les coutumes, les étiquettes, les lois, etc…sont coconstruites par les membres d’une culture, par leur interaction entre eux de génération en génération, et de jour en jour, ce qui est bien sûr également valable pour l’entreprise.
Ainsi, cette démarche organise le monde de l’expérience non plus en terme de système ou de pattern mais plutôt en terme d’histoire et de sens.
De la “géographie narrative”….
Les idées forces de la démarche narrative sont construites autour de notre représentation de la réalité qui est codée par des récits ou histoires, impliquant des choix narratifs qui, insidieusement,viennent “épaissir” certaines croyances et en disqualifient d’autres.
Ceci s’applique particulièrement à notre identité, notion abstraite composée de l’ensemble des savoirs nous concernant et stockés sous forme de “géographie narrative”:
- La géographie narrative a ses autoroutes c’est à dire les histoires souvent racontées et admises comme « vraies » et qui dès lors deviennent « dominantes ».
- La géographie narrative a aussi ses petits chemins vicinaux qui sont les histoires négligées, peu racontées et peu alimentées, alors qu’elles constituent souvent des ressources essentielles pour donner un sens différent à nos problèmes et acquérir un pouvoir différent sur notre vie.
Il s’agit d’une approche ouverte initalement développée par des travailleurs sociaux et des thérapeutes, dont la figure la plus marquante est sans aucun doute Michael White, fondateur du Dulwich Centre of Adelaide et de Narrative Practice Adelaide, récemment disparu (décédé en avril 2008).
La « thérapie » narrative est devenue « pratiques narratives » au pluriel, au fur et à mesure qu’elle investissait de nouveaux champs d’action tels que par exemple le coaching en entreprise.
Comment ça fonctionne
L’approche narrative considère que notre histoire n’est pas un compte-rendu de notre vie, mais à l’inverse, que ce sont nos récits sur notre expérience qui donnent forme à notre vie et à notre identité. Ceci s’applique aux individus, mais également aux groupes et aux communautés, qui se constituent et se structurent autour d’histoires partagées.
Bonnes fées et méchantes sorcières
Issues de notre environnement familial, de notre éducation, de nos lectures, de la culture dominante, des médias, etc., ces histoires nous accompagnent et nous influencent depuis le début de notre existence. Qui n’a pas son stock personnel de récits issus de la geste familiale ? A l’instar des « marraines-la bonne-fée » bienveillantes ou des sorcières maléfiques des contes, ceux là mêmes qui racontent à notre sujet une histoire d’ombre ou de lumière et qui résonnent tantôt comme une fatalité, tantôt comme un talisman. Certaines de ces histoires nous ont aidés à grandir, d’autres nous permettent toujours de nous développer dans le sens de nos valeurs, mais d’autres nous enferment encore dans l’échec et la souffrance.
Façonner une histoire alternative
Les praticiens narratifs s’emploient à détacher l’emprise des histoires qui nous enferment et nous briment en les externalisant, de façon à favoriser le développement d’autres récits alternatifs, porteurs de nouvelles possibilités, qui ont été négligés. Il s’agit donc de faire un tri entre les histoires de problèmes qui seront traitées alors comme autant d’ « objets » externes dont l’influence va progressivement diminuer, et les « histoires alternatives» appelées à se déployer de plus en plus puissamment dans la vie de la personne ou du groupe considéré.
Dans ce cadre, c’est le client, qu’il s’agisse d’un individu, d’un groupe ou d’une communauté tout entière, qui est seul compétent pour évaluer l’influence positive ou négative de ces histoires dans sa propre vie.
Il s’agit pour les praticiens de comprendre comment les croyances personnelles des individus ou des groupes, leurs perceptions, et les interprétations qu’ils en tirent, façonnent à la fois l’image qu’ils se font d’eux-mêmes, et les relations qu’ils construisent avec les autres. Les « auteurs » sont alors encouragés à reconstruire leur représentation d’eux-mêmes et de leur vie dans un sens qui correspond mieux à leurs valeurs et à leurs rêves, et à adopter ainsi des relations interpersonnelles plus conformes à leurs désirs.
Dissoudre les problèmes
Pour ancrer la nouvelle histoire dans une réalité sociale partagée, les praticiens narratifs proposent l’organisation de réunions en commun avec des témoins participant à l’environnement immédiat de l’individu ou du groupe considéré, et qui interviennent en soutien à cette nouvelle narration. Il n’y a pas de recherche d’une « résolution » des problèmes, mais plutôt une compréhension nouvelle et une renégociation du sens qui aboutit à sa “dissolution”. La personne, ou le groupe, se reconnecte à ses “fondamentaux” : valeurs, espoirs, principes, engagements, ce qui permet de « donner de l’épaisseur » à une nouvelle histoire.
C’est le client qui sait
En coaching, l’opportunité de travailler différemment sur les discours et les codes sociaux dominants qui régissent le comportement de la personne, la vie de l’entreprise, la culture de l’organisation permet de «déconstruire» la représentation de l’environnement et de proposer de nouveaux modes d’intervention fondés sur la prise en compte de l’expertise des acteurs sur leur propre vie, et plaçant cette expertise au centre de l’intervention du coach.
Ce texte est très largement inspiré d’un texte de Béatrice Dameron, que je remercie pour son aimable autorisation de le reproduire ici.