Archive pour la catégorie ‘Résistances’

Une histoire française

Samedi 21 novembre 2009
Dessin de Deligne

Dessin de Deligne

L’un de mes clients, en recherche d’emploi depuis un certain temps, se voit souvent poser la question : « pourquoi avez vous accepté tel job qui était bien au dessous de votre niveau professionnel ?  »

Et à cette question là, il est politiquement incorrect de répondre : « parce que j’avais besoin de bosser et de gagner ma croûte, et que c’était ma seule option à ce moment là ». Comme si ces mots et cette intention étaient déshonorants. Comme s’il existait une histoire où tout cadre se devait de voler de succès en succès, et voir une ascension de carrière irrésistible, gérer prudemment sa carrière, mais tout en prenant des risques, et ne jamais prendre de gamelle.

Je trouve qu’il y a là un discours à déconstruire, qui introduit dans le processus de recrutement à la fois une histoire de performance, de succès et de croissance permanents déclinés de façon métonymique et même homothétique de leurs homologues dans les espoirs et les rêves de conquête continue des entreprises, et d’autre part, peut-être, une sorte de trace résiduelle l’hypocrite jalousie bourgeoise vis à vis de ceux qui prennent des risques, et que l’on retrouve dans la sagesse populaire : « pierre qui roule n’amasse pas mousse ». Toujours est-il que le droit à l’échec est très peu accordé dans les faits, quant au droit à plusieurs échecs, n’en parlons même pas ! (le mythe du loser)…

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Moi, mutant

Samedi 7 novembre 2009
Marlo Morgan a peut-être inventé toute l'histoire (voir les commentaires)... à méditer pour un prochain post et pour continuer le débat !

Marlo Morgan a peut-être inventé toute l'histoire et elle a été vilipendée par les Aborigènes eux-mêmes (voir les commentaires)... à méditer pour un prochain post et pour continuer le débat !

Il y a deux rencontres rares qui m’ont scotché cette semaine : celle avec un grand livre de sagesse Aborigène et un moment de grâce passé avec Daria Kutuzova, l’étoile montante de la Narrative russe, en visite à Bordeaux pour les élèves de la Fabrique Narrative.

Je ne sais pas laquelle des deux est la plus extraordinaire quoique je sente bien qu’à un certain niveau, ces deux choses soient probablement liées, mais je vais parler de « Message des hommes vrais au monde mutant », de Marlo Morgan (Ed. J’ai Lu) que m’a fait lire (merci !) Michèle Gauthier et qui a été ma plus grosse claque littéraire depuis « l’espèce fabulatrice ».

Ce livre raconte l’odyssée de Marlo Morgan, femme médecin américaine travaillant sur des programmes sociaux en Australie, aux côtés d’une communauté Aborigène qui se désigne par le nom d’ »hommes vrais », partageant leur vie pendant plusieurs mois d’errance dans le désert intérieur australien. Un voyage intérieur, spirituel et anthropologique qui lui permettra d’être initiée aux façons de vivre, de penser le monde, de soigner, de jouer, d’aimer, de mourir… de ces héritiers de 40000 ans de compétence humaine à vivre.

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Karoshi

Dimanche 1 novembre 2009

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Certains jours, un épuisement total s’empare de nous et nous donne l’impression que nous n’avons plus aucun  pouvoir sur notre vie.

Ces épisodes de vide nous donnent l’occasion de relire le merveilleux livre de Reine-Marie Halbout, « savoir être coach » (Eyrolles), nourri des conférences qu’elle donne depuis des années sur l’hygiène de vie du coach et de réfléchir à ce que ce sentiment d’impuissance nous dit de notre relation avec la toute-puissance.

Et de se délecter de cette phrase de Marie-Louise von Frantz qu’elle cite à ce propos et qui notait que les thérapeutes (mais aussi bien, ajoute Reine-Marie, les coachs) affublés du complexe de puissance « se font le plus souvent malmener par des clients assoiffés de puissance autant qu’eux ou bien ils se retrouvent à la tête d’un exaspérant jardin d’enfants qui les importunera d’intarissables exigences. »

Géographie de la déception

Lundi 26 octobre 2009

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Certaines personnes luttent contre une histoire de déception qui les fait revivre en boucle les mêmes situations depuis parfois des années. L’approche narrative peut-elle apporter des idées utiles pour les aider à sortir leur vie des griffes de cette histoire ?

Dans le superbe film d’animation « Mary and Max », Max, américain d’âge mûr atteint du syndrome d’Asperger est enfermé dans une histoire dominante de débile mental. Il reçoit une lettre de Mary, petite fille Australienne négligée par ses parents et qui l’a choisi au hasard dans l’annuaire. Grâce a cette correspondance autour de laquelle naît une amitié, les deux personnages construisent chacun une identité alternative préférée en proposant au public constitué par l’autre un récit alternatif de son identité, ou plutôt un récit de son identité qui n’est pas immédiatement recyclé dans le renforcement de leurs histoires dominantes de « débile » ou de « pas intéressante ». Lire le reste de cet article »

Légitimité

Dimanche 18 octobre 2009
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Mon pote Eric en pleine méditation sur les concepts de "Comprendre et pratiquer l'approche narrative" (notre ouvrage collectif qui vient de paraître chez Interéditions)

Nous trimballons souvent avec nous une histoire dominante sur le thème de la légitimité dont l’un des effets sur notre vie est de nous empêcher de nous sentir à notre place d’accompagnant.

C’est le cas d’à peu près tous les jeunes coachs ou intervenants narratifs que j’ai formés, autour de la question de savoir ce qui les rend légitimes à accompagner autrui dans un travail de changement et à se faire payer pour cela. L’une des activités de cette histoire dans la vie des coachs étant de les faire se sentir très nuls et très mal a leur aise, certains développent diverses façons de résister aux effets de cette histoire parmi lesquelles : trop en donner au client et avoir toujours l’impression qu’on n’en a jamais assez fait, attendre qu’il se passe des choses importantes dans les séances du genre mega-insight qui change la vision du monde du client, se remettre en cause si le client « n’avance pas assez vite », accumuler les outils, les formations, les stages et les certifications bien officielles et rassurantes, s’inscrire dans de multiples associations professionnelles et obtenir toutes les certifications et titularisations disponibles sur le marché… Il faut voir à qui le crime profite, l’histoire d’illégitimité permet de garder le pouvoir sur le jeune praticien et de lui vendre bien des choses !

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Les suicides

Vendredi 9 octobre 2009
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Le film d'Edward Zwick, "les insurgés", montre comment une communauté se forge une identité qui protège ses membres et honore leurs compétences de vie, même dans des conditions de trauma extrême

J’ai été interviewé par Richard de Vendeuil dans l’Express.com de jeudi dernier (voir ici) au sujet des suicides chez France Télécoms, sur les cellules d’assistance psychologique.

Vues d’un point de vue narratif, ce type de travail traditionnel de « dévidage de pelote » en espérant que les gens vont « sortir leurs émotions » me semble non seulement peu efficace mais potentiellement contre- productif, en cela qu’il invite les victimes de trauma à épaissir l’histoire de souffrance au lieu de se focaliser sur les ressources, les idées, les valeurs, les espoirs et les compétences qui leur permettent, justement, de résister à cette histoire et de ne pas se laisser emporter par le torrent.

J’avais amplement développé ce point de vue dans l’article « un accompagnement narratif d’une communauté professionnelle confrontée à un suicide » qui constituait ma contribution rédactionnelle à notre ouvrage collectif paru il y a quelques jours « Comprendre et pratiquer l’approche narrative » (Interéditions).

Sur les suicides chez France Télécoms, je voudrais partager quelques idées supplémentaires, qui vont au delà de l’hypothèse que les gens qui se donnent la mort sur leur lieu de travail sont les victimes d’une pathologie qu’il faudrait soigner avec l’aide de spécialistes, mais plutôt que ces suicides doivent se lire comme un récit : le récit désespéré d’une communauté qui perd le contact avec son identité et donc certains membres, ceux qui avaient le plus construit leur identité sur les valeurs traditionnelles de cette entreprise, ne se retrouvent plus nulle part, ont l’impression de se dissoudre et de ne plus exister.

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Explorations :
un nouveau e-journal

Mardi 6 octobre 2009

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Une petite info pour tous ceux qui s’intéressent à l’approche narrative : en plus du « Journal of narrative therapy and community work », bien connu, le Dulwich Center vient de lancer, sous la direction de John Winslade, David Denborough et Cheryl White, un e-journal gratuit intitulé « Explorations ».

Vous pouvez le consulter ici, sur le site du Dulwich Center. Comme l’explique son éditorial, cet e-journal « est ouvert aux nouveaux auteurs, y compris praticiens en cours de formation, afin de les aider à développer leur travail sous forme écrite et à franchir une étape. Il sera égaelment ouvert aux lecteurs dans de nouvelles parties du monde. » Donc si vous vous sentez une vocation à être publié à l’international, n’hésitez plus !

La Fabrique Narrative a l’honneur d’être l’un des organismes partenaires de cette initiative et moi-même d’avoir un article au sommaire de ce premier numéro (sur les suicides en entreprise, un sujet hélas d’actualité en France et sur lequel j’ai été interviewé sur le site de l’express.com, parution jeudi). L’intérêt de l’ensemble de l’initiative est tel que nous sommes en train de réfléchir à une solution de traduction afin de pouvoir publier en français les articles essentiels. A ce sujet, Croisements Narratifs, le site de Béatrice Dameron, publie d’excellentes traductions d’articles de fond anglo-saxon sur les principaux aspects de l’approche narrative.

La première promo de la Fabrique Narrative

Samedi 26 septembre 2009

Bon alors c’est reparti. Ca a l’air de marcher mais si vous ne recevez pas le mail d’alerte, please, ne flippez pas, n’agglomérez pas cette nouvelle expérience de vie à l’histoire dominante selon laquelle personne ne vous aime, réinscrivez-vous cool zen sur la page d’accueil.

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Ces magnifiques jeunes gens que vous voyez sur la photo sont la première promotion de la Fabrique Narrative, notre école de formation à l’approche narrative, qui a ouvert à Bordeaux le 4 avril dernier et accueilli son  premier séminaire de deux jours la semaine dernière.

L’objectif est de les initier, en six fois deux jours, à l’exploration des territoires non défrichés qui existent dans la vie de chacun et qui recèlent des trésors d’amour de soi, d’engagements dans les choses réellement importantes de la vie, de compétences à résoudre les problèmes et à décider de nouveaux projets.

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You Never Know When it Ends
But You Know Where …

Vendredi 10 juillet 2009
Supervision narrative new style. Deuxième à partir de la droite, on reconaîtra Elizabeth.

New style narrative supervision. You will recognize Elizabeth, second from the right.

The first European Conference of Narrative Therapy ever ends today, and if there is something in my suitcase that really proved to be useless, it was my bathing suit.

But can one say that a conference has really ended just because we arbitrarily choose to reduce it to a few days of get-togethers? For me, the Narrative Conference in Adelaide never ended. We had the opportunity to regularly correspond with colleagues throughout the world who are intelligent, humble and enthusiastic. We were also able to learn new concepts that have influenced, and continue to influence, my daily work. We were offered the opportunity to be supervised by a very prominent Australian therapist. Conferences are occasions to stretch our identity by starting a whole series of new stories with new people and by strengthening the ties we have with people we have already met. Conferences continue to live on after all the bright lights have dimmed.
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On ne sait jamais quand ça finit
mais par contre on sait où.

Vendredi 10 juillet 2009

Supervision narrative new style. Deuxième à partir de la droite, on reconaîtra Elizabeth.

Supervision narrative new style. Deuxième à partir de la droite, on reconnaîtra Elizabeth.

La première Conférence Narrative Européenne de l’histoire se termine aujourd’hui et s’il y avait vraiment un truc dans mes bagages qui ne m’a servi à rien, c’est bien mon maillot de bain.

Mais peut-on dire qu’une conférence est terminée autrement par le choix arbitraire que nous faisons de la réduire aux quelques jours de rassemblement ? Pour moi, la Conférence Narrative d’Adelaide ne s’est jamais terminée, il y a eu la chance de correspondre régulièrement avec des collègues du monde entier intelligents, humbles et enthousiastes, il y a eu la rencontre avec quelques concepts nouveaux qui ont influencé et qui influencent tous les jours mon travail. Il y a eu la possibilité d’être supervisé par un très grand thérapeute australien. Les conférences sont des occasions de déployer son identité en démarrant tout un tas de nouvelles histoires avec de nouvelles personnes, et en épaississant les liens avec ceux que l’on connaissait déjà. Les conférences continuent à vivre longtemps après que les lampions de la fête se soient éteints.

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