Archive pour la catégorie ‘Résistances’

De l’importance et
de la puissance des métaphores

Mardi 8 juin 2010

Par Michèle Gauthier
http://www.michele-gauthier-coaching.fr/

Un bel extrait de conversation qui illustre la puissance du changement de métaphore comme point de départ de la renégociation du sens. Illustré par une splendide photo de Luc Pouyanne, reçue il y a quelques jours, et qui s’applique pour sa part à illustrer une métaphore collective née lors d’un exercice du dernier séminaire Initiation.

« Vous m’avez parlé du vinyl, la dernière fois. Moi je me voyais tranquille sur mon manège, à regarder le paysage. Mais ce n’était pas du tout ça. Vous m’avez parlé de disque rayé. C’était plutôt ça ! »

Je suis surprise, étonnée et émerveillée de ce que Brigitte a fait de la métaphore que je lui avais proposé. Lors de la précédente séance, j’ai donné l’image qui me venait, celle du « disque rayé » en parlant de sa relation avec son frère.

Lire le reste de cet article »

Les cérémonies définitionnelles et l’entreprise

Vendredi 28 mai 2010

Par Catherine Mengelle
www.dclictonavenir.com

Question souvent posée dans les ateliers de la Fabrique Narrative : quel autre nom trouver pour ce concept et processus essentiel de l’approche narrative qu’est la cérémonie définitionnelle, qui ne procure pas à nos clients donneurs d’ordre cette réaction épidermique de fuite que suscite, à raison, la peur du gourou illuminé ?

C’est un problème de vocabulaire, mais il est important pour le développement de notre pratique au sein des entreprises, dont l’intérêt nous est d’ores et déjà complètement évident.

Cérémonie définitionnelle vient de l’Anglais « definitional ceremony », expression, pour une fois, plutôt facile à traduire ! Et pourtant…

Pour resituer rapidement1 les choses, la recherche de Michael White s’est nourrie du travail de Barbara Myerhoff qui s’est intéressée, dans les années 1980, à comprendre ce qui se jouait dans les rituels collectifs. C’est elle qui est à l’origine de l’expression : il lui semblait que les rituels qu’elle observait (notamment ceux d’une communauté juive de personnes âgées à Venice Beach) permettaient à des personnes dont l’identité était altérée pour une raison ou une autre, d’aller mieux, en leur donnant l’occasion de parler d’eux-mêmes (definitional) devant leur communauté donc devant un public (ceremony). Michael White a superposé à ces idées la notion d’équipe réfléchissante de Tom Andersen (années 1990) et a mis au point sa fameuse carte des témoins extérieurs2, tout en conservant l’expression « definitional ceremony ».

L’expression, qui ne pose sans doute aucun problème aux sociologues, anthropologues ou philosophes, en pose un de fait, en France en tout cas, aux coachs et thérapeutes qui souhaitent pouvoir parler de ce processus (incontournable dans notre approche) et de ses intentions, en entreprise. Cela a du sens de réfléchir à un autre terme car le champ d’intervention traditionnel des praticiens narratifs français est différent de celui des australiens.

En lisant David Denborough3, j’ai compris que la communauté narrative russe butait également sur le mot « ceremony », peut-être pas pour les mêmes raisons que nous toutefois. Daria Kutusova, praticienne narrative russe et traductrice de nombreux ouvrages et articles, m’a répondu :

« Yes, the word ‘ceremony’ is not very appropriate. We are leaning towards the word ‘celebration’ in a more informal sense… but still not sure. The sources that Michael White and David Epston refer to when introducing the term ‘ceremony’ are not represented in Russian… this will have to be remedied in some way. »4

Sa réponse peut contribuer à faire qu’on se sent moins seuls… mais cette proposition, « celebration », me fait penser que leurs raisons sont sans doute assez différentes des nôtres. Le contexte, voilà encore une notion narrative majeure : l’importance de prendre en compte, chacun de son côté, le contexte culturel « élargi » de sa région ou son pays.

Nous voilà donc avec deux mots, chacun chargé de sens : cérémonie d’une part et définitionnelle (ce qui nous définit), d’autre part.

J’ai longtemps cherché des synonymes, mais peut-être serait-il plus intéressant de faire éclater le cadre, d’inventer quelque chose de tout à fait nouveau, pour être au plus proche de ce dont nous avons véritablement besoin. Ce qui est important, c’est bien le sens, l’intention de ces cérémonies : permettre aux histoires alternatives des individus ou des groupes de s’épaissir, en étant jouées (« performed » en Anglais) devant un public, amené à réagir à son tour, et le fait que nous voulions les introduire en entreprise, simplement et de façon transparente, sans risque de mauvaise interprétation. L’idée de cérémonie, qui nous gêne, ne devrait pas être totalement négligée toutefois car la fête, comme tous les rituels religieux ou laïques que nous connaissons et qui rythment nos vies, est ici aussi organisée autour d’une personne, ou d’un groupe de personnes : il est demandé aux témoins extérieurs appelés à réagir de se mettre à son service. Ils participent à la fête, mais n’en sont pas les héros. On souhaite donc bien célébrer un individu ou un groupe, qui raconte de lui une nouvelle histoire, qu’il lui tient à cœur pour différentes raisons de faire connaître autour de lui.

Ceci posé, je vous livre en vrac des mots qui me sont venus :

forum, assemblée, témoins, identité, rituel, re-narration, événement, surprise-partie, histoire, récit, collectivité, mise en scène, lecture, club, miroir, réflexivité, équipes réfléchissantes, fête, festival, gala, protocole, identification, théâtralisation, représentation, célébration, reconnaissance, ressource identitaire, comédie, intensification, manifestation collective, commémoration, séance, liturgie, communion, définir, dramatisation, déterminer, performance, réunion, garden-party, cercle, conférence, débat, meeting, public, récital, épaissir, enrichir, récréation, java, caractérisation, parole, expression, honorer, rencontre, match, répondre, table ronde, carrefour, image, colloque, task force, veillée, etc.

… sans pour autant trouver quoi faire avec à ce jour !

Estime-party ? Témoins-party ?… Bof, rien de très convaincant encore… Un anglicisme ? Les entreprises et leurs cadres en sont friands en général. Ou bien : Cercle définitionnel ? Conférence miroir ? Forum narratif ?… ou tout simplement, Réunion ou assemblée définitionnelle ?… Je ne sais pas…

Pour l’instant, je sèche et lance ici un appel à contributions ! Peut-être qu’à nous tous…

1 Rapidement, et probablement aussi de façon très raccourcie : j’engage tous ceux qui voudraient approfondir le sujet à revenir aux sources de Michael White, cf. bibliographie jointe à « Maps of narrative practice ».
2 Longuement décrite et documentée par Michael White dans le même ouvrage.
3 « Collective Narrative Practise », en cours de traduction.
4 « En effet, le mot « ceremony » n’est pas vraiment approprié. Nous penchons pour celui de « célébration », dans un sens plus informel… mais réfléchissons encore. Les sources auxquelles se réfèrent michael White et David Epston quand ils décident d’introduire le terme « ceremony » dans leur pratique ne sont pas disponibles en Russie. Il va d’ailleurs falloir y remédier. »

Encore quelques places pour voir Madigan

Vendredi 28 mai 2010

La Classe de Mer 2010 de la Fabrique Narrative : 6, 7 et 8 septembre 2010 à Arcachon !


“Pour augmenter la puissance et la pertinence de nos questions narratives”

Avec Stephen Madigan Pour la première fois en France  (traduction simultanée)
Stephen Madigan a été l’un des tout premiers élèves et collaborateurs de Michael White et David Epston. Praticien mondialement reconnu, il est l’une des figures marquantes du développement des pratiques narratives dans le domaine de la thérapie familiale. En 1992, il a fondé la Vancouver School for Narrative Therapy, première école narrative de l’hémisphère Nord. Praticien non-conventionnel et chercheur brillant couronné par des prix prestigieux (notamment l’Award de l’American Family Therapy Academy), Stephen Madigan s’est spécialisé sur l’étude des éléments culturels qui influencent la relation thérapeutique et contribuent à la reproduction de relations de pouvoir à l’intérieur de l’accompagnement.

Lire le reste de cet article »

Un retelling

Lundi 24 mai 2010

Par Françoise Quennessen
http://legranddeblocage.blogspirit.com

Bonjour à tous,
Mercredi dernier, fin de la cinquième session de formation à la Fabrique.
Sur le chemin du retour, à chaque fois je suis passée par plusieurs étapes, ressentis…  très différents, mais toujours très puissants.
Première session j’ai vécu  avec une immense tristesse la séparation d’avec le groupe que je venais de découvrir, auquel je me sentais appartenir très fortement : larmes.
La seconde je l’ai vécue et assumée sans  problèmes notoires. Travail sur le désespoir; découverte de Stephen Madigan. Wouaouuuuuuu !!
Troisième session : « le club de vie ». Le mien était habité/occulté par une seule personne. J’ai   découvert qu’il y avait pas mal de monde; de belles « retrouvailles » qui m’ont permis de remettre « les pendules à l’heure ».  Mes deux filles sont re-devenues une,   elles ne sont plus le jour et la nuit, mais une seule lumière  qui habite ma vie depuis et pour toujours. J’ai pleuré, comme tout le monde ce jour là ! Beaucoup d’émotion sincèrement partagée.
Lire le reste de cet article »

« La Narrative au service de notre vie »

Samedi 1 mai 2010

Un texte épatant de Thierry Groussin, animateur talentueux du blog « Indiscipline Intellectuelle », manager humaniste et compagnon de route de longue date de nos explorations narratives.

Une vie, ce n’est pas un chemin, c’est une multitude de chemins. Nous avons l’illusion d’une ligne – notre « ligne de vie » – comme une ligne de métro avec ses stations, toujours les mêmes, toujours dans le même ordre. Vous allez me dire : c’est normal, c’est la chronologie ! Je ne suis plus d’accord avec cette vision. La ligne que nous décrivons, les stations que nous y recensons, l’ordre dans lequel nous le faisons, tout cela résulte du choix du narrateur, de l’histoire qu’il a élaborée pour intégrer des évènements que, dans le moment, il juge importants et structurants. Or, pouvez-vous faire découvrir Paris à des étrangers en parcourant seulement la ligne 12 ou la ligne 3 du métro, fût-ce de la surface ?

Lire le reste de cet article »

Systémique et/ou narratif

Samedi 13 février 2010

Un Père Noël systémicien a eu la bonne idée de mettre un livre de Guy Ausloos dans mes petits souliers.

La lecture d’Ausloos m’a fait découvrir un territoire finalement assez familier, d’autant plus proche de la narrative que Michael White était à l’origine thérapeute familial. Guy Ausloos est avant tout un clinicien inventif et audacieux, qui laisse à l’expérimentation et à l’exploration la primauté sur la création et la promotion d’un corpus faussement cohérent et vraiment rigide.

Le praticien est ici aussi décentré et non-expert, et il se sert activement des tentatives que fait l’histoire dominante de la famille pour le recruter, offrant un retelling de ce qu’il a vécu dans ces tentatives de façon à « refaire circuler l’information sur le processus ».

Je retiens  cette phrase magnifique : « la thérapie ne consiste pas à aider la personne à redevenir comme avant, mais à l’accompagner à devenir comme après ». Car redevenir comme avant, ajoute Auloos, c’est recréer à l’identique les conditions de la crise.

J’ai également été sensible à sa foi dans les compétences des familles et des patients à construire des stratégies créatives pour répondre aux problèmes de leurs vies. Distinguant des systèmes « à transactions rigides » (où tout est bloqué) des systèmes « à transaction chaotiques » (où tout change tout le temps, rendant tout repère impossible), il réfère au terme de « dysfonctionnement » celui de « fonctionnement autrement », ce qui est intéressant à transposer aux entreprises et aux organisations.

Sa référence permanente à ce que nous appelons le contexte élargi, qui utilise les publics internes de la personne et des récits culturels pour l’enfermer dans des prescriptions internalisées (Madigan, Redstone, Holmgren et Walther) fait retrouver dans ses travaux l’importance de la déconstruction du contexte. Mais Ausloos insiste en outre sur le fait de rester conscient que les contextes bougent tout le temps et sont, eux aussi, le siège d’équilibres dynamiques.

Ceci nous suggère que  notre identité est un système, un système narratif dynamique à évolution constante, en équilibre avec tous les récits possibles offerts par les personnes passées, présentes et absentes, qui ont contribué à nous « histoiriser ». Il existe sûrement des dizaines d’autres passerelles vers ce territoire riche, fertile et accueillant aux métissages. Qu’en disent les « vrais » systémiciens parmi vous ?

Une histoire française, saison 2

Vendredi 4 décembre 2009

halbout_0038-recadreeLe sujet du post précédent a donné lieu à des commentaires fort nourris et intéressants. Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume,  j’invite dans ce blog Reine-Marie Halbout, qui m’a envoyé des réflexions à la fois passionnantes et très émouvantes sur le sujet, que j’ai eu envie de partager avec vous. Reine-Marie est une amie, et l’une des figures  du coaching en France. Auteur prolifique dont le dernier   »Savoir être coach » (Eyrolles) dont j’avais parlé ici, Reine-Marie est coach et psychanalyste d’orientation jungienne, pratiquant les typologies avec finesse et discernement (elle a introduit le Golden en France). Son ouverture d’esprit et sa posture de travail permettent de tisser de nombreuses passerelles avec l’approche narrative. Je lui laisse la plume.

Cher Pierre,

Je réagis à ton dernier blog sur une histoire française….c’est drôle car le sujet que tu abordes était en train de me « travailler » à travers diverses situations, vécues récemment. Je crois qu’il y a une vraie prise de conscience à faire autour de ces questions mais nous sommes tous pris dans des représentations très fortes concernant une « vie professionnelle réussie » et les blocages sont difficiles à lever. Lire le reste de cet article »

Une histoire française

Samedi 21 novembre 2009
Dessin de Deligne

Dessin de Deligne

L’un de mes clients, en recherche d’emploi depuis un certain temps, se voit souvent poser la question : « pourquoi avez vous accepté tel job qui était bien au dessous de votre niveau professionnel ?  »

Et à cette question là, il est politiquement incorrect de répondre : « parce que j’avais besoin de bosser et de gagner ma croûte, et que c’était ma seule option à ce moment là ». Comme si ces mots et cette intention étaient déshonorants. Comme s’il existait une histoire où tout cadre se devait de voler de succès en succès, et voir une ascension de carrière irrésistible, gérer prudemment sa carrière, mais tout en prenant des risques, et ne jamais prendre de gamelle.

Je trouve qu’il y a là un discours à déconstruire, qui introduit dans le processus de recrutement à la fois une histoire de performance, de succès et de croissance permanents déclinés de façon métonymique et même homothétique de leurs homologues dans les espoirs et les rêves de conquête continue des entreprises, et d’autre part, peut-être, une sorte de trace résiduelle l’hypocrite jalousie bourgeoise vis à vis de ceux qui prennent des risques, et que l’on retrouve dans la sagesse populaire : « pierre qui roule n’amasse pas mousse ». Toujours est-il que le droit à l’échec est très peu accordé dans les faits, quant au droit à plusieurs échecs, n’en parlons même pas ! (le mythe du loser)…

Lire le reste de cet article »

Moi, mutant

Samedi 7 novembre 2009
Marlo Morgan a peut-être inventé toute l'histoire (voir les commentaires)... à méditer pour un prochain post et pour continuer le débat !

Marlo Morgan a peut-être inventé toute l'histoire et elle a été vilipendée par les Aborigènes eux-mêmes (voir les commentaires)... à méditer pour un prochain post et pour continuer le débat !

Il y a deux rencontres rares qui m’ont scotché cette semaine : celle avec un grand livre de sagesse Aborigène et un moment de grâce passé avec Daria Kutuzova, l’étoile montante de la Narrative russe, en visite à Bordeaux pour les élèves de la Fabrique Narrative.

Je ne sais pas laquelle des deux est la plus extraordinaire quoique je sente bien qu’à un certain niveau, ces deux choses soient probablement liées, mais je vais parler de « Message des hommes vrais au monde mutant », de Marlo Morgan (Ed. J’ai Lu) que m’a fait lire (merci !) Michèle Gauthier et qui a été ma plus grosse claque littéraire depuis « l’espèce fabulatrice ».

Ce livre raconte l’odyssée de Marlo Morgan, femme médecin américaine travaillant sur des programmes sociaux en Australie, aux côtés d’une communauté Aborigène qui se désigne par le nom d’ »hommes vrais », partageant leur vie pendant plusieurs mois d’errance dans le désert intérieur australien. Un voyage intérieur, spirituel et anthropologique qui lui permettra d’être initiée aux façons de vivre, de penser le monde, de soigner, de jouer, d’aimer, de mourir… de ces héritiers de 40000 ans de compétence humaine à vivre.

Lire le reste de cet article »

Karoshi

Dimanche 1 novembre 2009

karoshi

Certains jours, un épuisement total s’empare de nous et nous donne l’impression que nous n’avons plus aucun  pouvoir sur notre vie.

Ces épisodes de vide nous donnent l’occasion de relire le merveilleux livre de Reine-Marie Halbout, « savoir être coach » (Eyrolles), nourri des conférences qu’elle donne depuis des années sur l’hygiène de vie du coach et de réfléchir à ce que ce sentiment d’impuissance nous dit de notre relation avec la toute-puissance.

Et de se délecter de cette phrase de Marie-Louise von Frantz qu’elle cite à ce propos et qui notait que les thérapeutes (mais aussi bien, ajoute Reine-Marie, les coachs) affublés du complexe de puissance « se font le plus souvent malmener par des clients assoiffés de puissance autant qu’eux ou bien ils se retrouvent à la tête d’un exaspérant jardin d’enfants qui les importunera d’intarissables exigences. »