Archive pour mai 2010

Les cérémonies définitionnelles et l’entreprise

Vendredi 28 mai 2010

Par Catherine Mengelle
www.dclictonavenir.com

Question souvent posée dans les ateliers de la Fabrique Narrative : quel autre nom trouver pour ce concept et processus essentiel de l’approche narrative qu’est la cérémonie définitionnelle, qui ne procure pas à nos clients donneurs d’ordre cette réaction épidermique de fuite que suscite, à raison, la peur du gourou illuminé ?

C’est un problème de vocabulaire, mais il est important pour le développement de notre pratique au sein des entreprises, dont l’intérêt nous est d’ores et déjà complètement évident.

Cérémonie définitionnelle vient de l’Anglais « definitional ceremony », expression, pour une fois, plutôt facile à traduire ! Et pourtant…

Pour resituer rapidement1 les choses, la recherche de Michael White s’est nourrie du travail de Barbara Myerhoff qui s’est intéressée, dans les années 1980, à comprendre ce qui se jouait dans les rituels collectifs. C’est elle qui est à l’origine de l’expression : il lui semblait que les rituels qu’elle observait (notamment ceux d’une communauté juive de personnes âgées à Venice Beach) permettaient à des personnes dont l’identité était altérée pour une raison ou une autre, d’aller mieux, en leur donnant l’occasion de parler d’eux-mêmes (definitional) devant leur communauté donc devant un public (ceremony). Michael White a superposé à ces idées la notion d’équipe réfléchissante de Tom Andersen (années 1990) et a mis au point sa fameuse carte des témoins extérieurs2, tout en conservant l’expression « definitional ceremony ».

L’expression, qui ne pose sans doute aucun problème aux sociologues, anthropologues ou philosophes, en pose un de fait, en France en tout cas, aux coachs et thérapeutes qui souhaitent pouvoir parler de ce processus (incontournable dans notre approche) et de ses intentions, en entreprise. Cela a du sens de réfléchir à un autre terme car le champ d’intervention traditionnel des praticiens narratifs français est différent de celui des australiens.

En lisant David Denborough3, j’ai compris que la communauté narrative russe butait également sur le mot « ceremony », peut-être pas pour les mêmes raisons que nous toutefois. Daria Kutusova, praticienne narrative russe et traductrice de nombreux ouvrages et articles, m’a répondu :

« Yes, the word ‘ceremony’ is not very appropriate. We are leaning towards the word ‘celebration’ in a more informal sense… but still not sure. The sources that Michael White and David Epston refer to when introducing the term ‘ceremony’ are not represented in Russian… this will have to be remedied in some way. »4

Sa réponse peut contribuer à faire qu’on se sent moins seuls… mais cette proposition, « celebration », me fait penser que leurs raisons sont sans doute assez différentes des nôtres. Le contexte, voilà encore une notion narrative majeure : l’importance de prendre en compte, chacun de son côté, le contexte culturel « élargi » de sa région ou son pays.

Nous voilà donc avec deux mots, chacun chargé de sens : cérémonie d’une part et définitionnelle (ce qui nous définit), d’autre part.

J’ai longtemps cherché des synonymes, mais peut-être serait-il plus intéressant de faire éclater le cadre, d’inventer quelque chose de tout à fait nouveau, pour être au plus proche de ce dont nous avons véritablement besoin. Ce qui est important, c’est bien le sens, l’intention de ces cérémonies : permettre aux histoires alternatives des individus ou des groupes de s’épaissir, en étant jouées (« performed » en Anglais) devant un public, amené à réagir à son tour, et le fait que nous voulions les introduire en entreprise, simplement et de façon transparente, sans risque de mauvaise interprétation. L’idée de cérémonie, qui nous gêne, ne devrait pas être totalement négligée toutefois car la fête, comme tous les rituels religieux ou laïques que nous connaissons et qui rythment nos vies, est ici aussi organisée autour d’une personne, ou d’un groupe de personnes : il est demandé aux témoins extérieurs appelés à réagir de se mettre à son service. Ils participent à la fête, mais n’en sont pas les héros. On souhaite donc bien célébrer un individu ou un groupe, qui raconte de lui une nouvelle histoire, qu’il lui tient à cœur pour différentes raisons de faire connaître autour de lui.

Ceci posé, je vous livre en vrac des mots qui me sont venus :

forum, assemblée, témoins, identité, rituel, re-narration, événement, surprise-partie, histoire, récit, collectivité, mise en scène, lecture, club, miroir, réflexivité, équipes réfléchissantes, fête, festival, gala, protocole, identification, théâtralisation, représentation, célébration, reconnaissance, ressource identitaire, comédie, intensification, manifestation collective, commémoration, séance, liturgie, communion, définir, dramatisation, déterminer, performance, réunion, garden-party, cercle, conférence, débat, meeting, public, récital, épaissir, enrichir, récréation, java, caractérisation, parole, expression, honorer, rencontre, match, répondre, table ronde, carrefour, image, colloque, task force, veillée, etc.

… sans pour autant trouver quoi faire avec à ce jour !

Estime-party ? Témoins-party ?… Bof, rien de très convaincant encore… Un anglicisme ? Les entreprises et leurs cadres en sont friands en général. Ou bien : Cercle définitionnel ? Conférence miroir ? Forum narratif ?… ou tout simplement, Réunion ou assemblée définitionnelle ?… Je ne sais pas…

Pour l’instant, je sèche et lance ici un appel à contributions ! Peut-être qu’à nous tous…

1 Rapidement, et probablement aussi de façon très raccourcie : j’engage tous ceux qui voudraient approfondir le sujet à revenir aux sources de Michael White, cf. bibliographie jointe à « Maps of narrative practice ».
2 Longuement décrite et documentée par Michael White dans le même ouvrage.
3 « Collective Narrative Practise », en cours de traduction.
4 « En effet, le mot « ceremony » n’est pas vraiment approprié. Nous penchons pour celui de « célébration », dans un sens plus informel… mais réfléchissons encore. Les sources auxquelles se réfèrent michael White et David Epston quand ils décident d’introduire le terme « ceremony » dans leur pratique ne sont pas disponibles en Russie. Il va d’ailleurs falloir y remédier. »

Encore quelques places pour voir Madigan

Vendredi 28 mai 2010

La Classe de Mer 2010 de la Fabrique Narrative : 6, 7 et 8 septembre 2010 à Arcachon !


“Pour augmenter la puissance et la pertinence de nos questions narratives”

Avec Stephen Madigan Pour la première fois en France  (traduction simultanée)
Stephen Madigan a été l’un des tout premiers élèves et collaborateurs de Michael White et David Epston. Praticien mondialement reconnu, il est l’une des figures marquantes du développement des pratiques narratives dans le domaine de la thérapie familiale. En 1992, il a fondé la Vancouver School for Narrative Therapy, première école narrative de l’hémisphère Nord. Praticien non-conventionnel et chercheur brillant couronné par des prix prestigieux (notamment l’Award de l’American Family Therapy Academy), Stephen Madigan s’est spécialisé sur l’étude des éléments culturels qui influencent la relation thérapeutique et contribuent à la reproduction de relations de pouvoir à l’intérieur de l’accompagnement.

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Un « coup de gueule »

Vendredi 28 mai 2010

Par Catherine Mengelle
www.dclictonavenir.com

Une tribune subjective, un brin totalisante et volontairement partiale qui interroge le contexte sous-jacent au recrutement dans certaines entreprises aujourd’hui… L’indignation de l’auteur donne à voir en absent-mais-implicite les valeurs de courage, d’honnêteté et de respect dans lesquelles elle est engagée.

Emploi et compétence, illusion et colère

Cet article, écrit sous le coup de la colère, force le trait et provoque à chaque ligne.

C’est une forme de rébellion contre des systèmes que personne ne remet jamais en cause. C’est aussi le reflet de la détresse que je croise régulièrement dans mon travail et un questionnement sur ma responsabilité d’accompagnante. Je sais que le ton employé est généralisateur et qu’il y a aussi des entreprises et des personnes qui ne ressemblent en rien à ce que je décris et ne font pas parler d’elles, peu soucieuses de médiatiser leur réussites. Tant mieux. Cet article leur rend aussi un véritable hommage.

L’emploi a si peu à voir avec les compétences en définitive…
… sauf avec une, mais de taille : la capacité à créer du lien social ciblé et efficace professionnellement.
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Un retelling

Lundi 24 mai 2010

Par Françoise Quennessen
http://legranddeblocage.blogspirit.com

Bonjour à tous,
Mercredi dernier, fin de la cinquième session de formation à la Fabrique.
Sur le chemin du retour, à chaque fois je suis passée par plusieurs étapes, ressentis…  très différents, mais toujours très puissants.
Première session j’ai vécu  avec une immense tristesse la séparation d’avec le groupe que je venais de découvrir, auquel je me sentais appartenir très fortement : larmes.
La seconde je l’ai vécue et assumée sans  problèmes notoires. Travail sur le désespoir; découverte de Stephen Madigan. Wouaouuuuuuu !!
Troisième session : « le club de vie ». Le mien était habité/occulté par une seule personne. J’ai   découvert qu’il y avait pas mal de monde; de belles « retrouvailles » qui m’ont permis de remettre « les pendules à l’heure ».  Mes deux filles sont re-devenues une,   elles ne sont plus le jour et la nuit, mais une seule lumière  qui habite ma vie depuis et pour toujours. J’ai pleuré, comme tout le monde ce jour là ! Beaucoup d’émotion sincèrement partagée.
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Narrative Practice with communities

Lundi 10 mai 2010

Une vidéo du Dulwich Center trouvée sur YouTube par Elizabeth Feld, présentant leur travail avec les communautés. On y trouvera en particulier de beaux exemples d’arbres de vie. Pour ceux qui comprennent l’anglais, malheureusement… Une vidéo du travail de Michael White est en cours de traduction et de sous-titrage, elle sera probablement visible en juillet.

Maps, relecture subjective

Samedi 8 mai 2010

par Catherine Mengelle
www.dclictonavenir.com

Cinq cartes et deux guides pour un voyage narratif qui réorganise avec simplicité toute l’expérience narrative de Catherine, et nous rappelle qu’une conversation narrative est une randonnée, avec cartes et boussoles (les deux « guides », intentions conversationnelles transversales mises en valeur de façon très élégante dans cet article).

Dans « Maps of narrative practise », Michael White avait fini par accepter de modéliser son travail d’accompagnement. Il savait en écrivant ce livre que ce n’était qu’une simple pause, le temps de cartographier les pratiques qu’il avait mises au point jusque là et d’expliquer les idées qui les avaient nourries. Il ne souhaitait pas que l’approche narrative devienne une approche figée et encore moins un dogme. Aujourd’hui, après sa disparition, des praticiens continuent à lui rendre hommage en faisant vivre et grandir l’esprit et les idées narratives dans le monde entier et en les enrichissant de nouvelles réflexions et de nouvelles cartes – par exemple pour collecter auprès des gens et selon des intentions très précises, la matière nécessaire à la création de documents narratifs collectifs (« Collective Narrative Practise », David Denborough, 2008).

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Coaching et approche narrative

Samedi 1 mai 2010

Par Chantal Caumel
ccaumel@elancoach.com

Un texte important qui met bien en lumière les enjeux de l’approche narrative dans les entreprises, notamment dans sa prise en compte des « symptômes » en tant que résistances et les savoirs locaux au service d’une reconstruction identitaire préférée.

Dans un contexte où les entreprises remettent en cause fréquemment leurs organisations pour faire face à une évolution permanente de l’économie mondiale, à une concurrence exacerbée, à une logique incessante de réduction des coûts, l’environnement de travail se trouve fortement ébranlé. La pression forte qui s’exerce à tous les niveaux du management alourdit les relations entre managers et collaborateurs. Les signes de reconnaissance s’affaiblissent. Le temps précieux des échanges et de la convivialité disparaît peu à peu pour faire place à une cascade de contrôle et de suivi de la performance et de la rentabilité. L’écoute, le partage et le soutien managérial prennent parfois une place secondaire. Les signes de reconnaissance s’affaiblissent et l’épanouissement au travail est mis en second plan pour privilégier le résultat « à tout prix ».

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« La Narrative au service de notre vie »

Samedi 1 mai 2010

Un texte épatant de Thierry Groussin, animateur talentueux du blog « Indiscipline Intellectuelle », manager humaniste et compagnon de route de longue date de nos explorations narratives.

Une vie, ce n’est pas un chemin, c’est une multitude de chemins. Nous avons l’illusion d’une ligne – notre « ligne de vie » – comme une ligne de métro avec ses stations, toujours les mêmes, toujours dans le même ordre. Vous allez me dire : c’est normal, c’est la chronologie ! Je ne suis plus d’accord avec cette vision. La ligne que nous décrivons, les stations que nous y recensons, l’ordre dans lequel nous le faisons, tout cela résulte du choix du narrateur, de l’histoire qu’il a élaborée pour intégrer des évènements que, dans le moment, il juge importants et structurants. Or, pouvez-vous faire découvrir Paris à des étrangers en parcourant seulement la ligne 12 ou la ligne 3 du métro, fût-ce de la surface ?

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Errances collectives

Samedi 1 mai 2010

Revoilà “Errances Narratives”. Ce blog est désormais celui d’un collectif : l’ensemble des participants, anciens participants et enseignants de la Fabrique Narrative. Depuis son ouverture, le 4 avril 2009 à Bordeaux, notre centre consacrée au développement et à l’enseignement de l’approche narrative australienne en langue française a su fédérer autour de ses activités une communauté forte d’une soixantaine de membres : coachs, thérapeutes, psychologues, travailleurs sociaux, DRH, professionnels de la relation d’aide, enseignants français et australiens…

“Errances Narratives” sera désormais l’espace d’expression et d’échanges de cette communauté. Idées, récits de conversations, développements théoriques, partage de lectures, retours d’expériences : chacun pourra proposer ses compréhensions et les enrichir grâce à l’échange. Alors à vos claviers, pour continuer à “errer” tous ensemble dans cet espace partagé d’exploration et de respect.

L’équipe de la Fabrique Narrative

(Nous sommes désolés pour les petites erreurs de manips qui ont accompagné la remise en ligne, certains d’entre vous ont pu recevoir plusieurs e-mails de notification. Nous vous prions de nous en excuser si c’est le cas.)