
Dessin de Deligne
L’un de mes clients, en recherche d’emploi depuis un certain temps, se voit souvent poser la question : « pourquoi avez vous accepté tel job qui était bien au dessous de votre niveau professionnel ? »
Et à cette question là, il est politiquement incorrect de répondre : « parce que j’avais besoin de bosser et de gagner ma croûte, et que c’était ma seule option à ce moment là ». Comme si ces mots et cette intention étaient déshonorants. Comme s’il existait une histoire où tout cadre se devait de voler de succès en succès, et voir une ascension de carrière irrésistible, gérer prudemment sa carrière, mais tout en prenant des risques, et ne jamais prendre de gamelle.
Je trouve qu’il y a là un discours à déconstruire, qui introduit dans le processus de recrutement à la fois une histoire de performance, de succès et de croissance permanents déclinés de façon métonymique et même homothétique de leurs homologues dans les espoirs et les rêves de conquête continue des entreprises, et d’autre part, peut-être, une sorte de trace résiduelle l’hypocrite jalousie bourgeoise vis à vis de ceux qui prennent des risques, et que l’on retrouve dans la sagesse populaire : « pierre qui roule n’amasse pas mousse ». Toujours est-il que le droit à l’échec est très peu accordé dans les faits, quant au droit à plusieurs échecs, n’en parlons même pas ! (le mythe du loser)…


