Archive pour juin 2009

« Croisements narratifs » enfin en ligne !

Lundi 29 juin 2009

p1000347_23

Le site-blog de Béatrice Dameron est en ligne depuis hier (voir ici), tout à son image : érudit mais pas ennuyeux. Elle commence par une pièce maîtresse : la traduction en français de l’article cultissime de Stephen Madigan, « the eight habits… »
Merci Béatrice !

L’un des freins à la diffusion des idées narratives en France est la rareté du matériel théorique disponible en traduction française. A cet égard, la parution tant attendue de la traduction de « Maps » (le dernier dans les deux sens du terme hélas ouvrage de Michael White) le mois prochain chez Satas est une excellente nouvelle pour toute la communauté narrative francophone. Egalement à la rentrée, chez Interéditions, la sortie de « Comprendre et pratiquer l’approche narrative », un ouvrage collectif d’une vingtaine de praticiens français qui présentent des cas expliqués (avec un long article de Michael White inédit en français), et la création à la Fabrique Narrative de notre propre pôle d’édition dont l’une des premières publications sera la traduction par Catherine Mengelle de « What is narrative therapy ? », un livre clé d’Alice Morgan qui nous a vraiment soutenus dans cette entreprise de traduction, au même titre que les dirigeants du Dulwich Center d’Adelaide.

Lire le reste de cet article »

Copines d’avant

Samedi 27 juin 2009

copines-davant-l-1

Cela fait plusieurs fois que j’entends parler d’amours de jeunesse retrouvées sur des sites communautaires et dont la re-rencontre provoque une sorte d’épisode régressif de retour vers l’adolescence et de déni des choix, des engagements et des responsabilités du présent.

Il me semble que ce phénomène apparemment assez fréquent a une lecture possible en termes de définition identitaire. Nous découvrons en effet souvent la relation amoureuse à l’adolescence dans un contexte qui nous permet de construire un nouveau pan de notre identité, c’est à dire de décider en tant que personne autonome ou s’efforçant de l’être ce qui compte pour nous dans le lien amoureux et dans le choix d’un objet d’amour qui ne serait ni tout à fait papa, ni tout à fait maman.

Ceci se produit en général à un moment où nous n’avons aucune attache et où l’avenir nous apparaît entièrement ouvert, sous l’aspect métaphorique d’une surface blanche ou d’une route à dessiner, où notre style de vie laisse une large place aux topiques de l’adolescence chantés nostalgiquement par Aznavour et tous les crooners du temps disparu : « mes amis, mes amours, mes emmerdes ». Les années et les responsabilités nous isolent de ces espoirs, de ces rêves et de ces principes de notre adolescence qui constituent, comme tous les rêves et les espoirs, une part d’autant plus essentielle de notre identité qu’elle ne s’est jamais usée à l’épreuve du réel et de ses coins carrés.

Lire le reste de cet article »

Le Bounty, école de management

Samedi 20 juin 2009

revoltes-du-bounty-p12

La DRH d’un grand établissement hospitalier du Sud Ouest dit souvent que : « le DRH, c’est le dernier à avoir les pieds mouillés ».

Cette réflexion se télescope avec la rediffusion récente des « révoltés du Bounty » qui nous offre une admirable réflexion sur le management autour de l’histoire de Christian Fletcher, honnête homme et copilote du vaisseau éponyme qui finit par se mouiller les pieds et le reste en prenant la tête d’une mutinerie contre le cruel Capitaine Blye. Plusieurs conceptions du management et plusieurs systèmes de valeurs s’affrontent sur ce paradigme vivant de l’entreprise qu’est un grand trois-mâts engagé dans une mission vitale : rapporter pour son actionnaire des plants d’arbre à pain qui lui serviront à améliorer ses profits en nourrissant à bas prix les esclaves employés dans ses filiales, pardon, ses domaines.

Le Capitaine Blye est l’archétype du dirigeant de filiale traditionnel, incarnant ce que l’on appelle le management par la terreur, un management où la peur est vue comme le principal driver des collaborateurs et où la mission (augmenter les profits de l’actionnaire) passe avant tout le reste. Ainsi, pour arroser les fameux plans d’arbre à pain, l’eau est prélevée sur les rations de l’équipage qui meurt de soif. Le temps et la rapidité sont une obsession dans ce type de management, et aucune autre opinion que celle du Capitaine n’y est concevable.
Lire le reste de cet article »

En direct du maelstrom

Vendredi 12 juin 2009

J’ai été scotché et ému par la vidéo de Jill Bolte-Taylor dont je parlais ici la semaine dernière. Ce western neurobiologique me fait réfléchir à la toile neuronale sur laquelle nous peignons nos histoires.

Dans un séminaire de Michael White, un participant parlait un jour du « maelstrom » pour désigner l’expérience de vie à l’état brut, et c’est bien de la même chose que parle Jill lorsque son hémisphère gauche, siège de la logique et de la temporalité, se met en rideau à l’occasion d’un accident vasculaire. Elle passe 45 minutes à essayer de distinguer sa carte de visite de la surface de son bureau et à trouver un sens aux paquets de points sous la forme desquels elle perçoit son numéro de téléphone.

Et en même temps, dans cet univers réduit à l’état de pixels privés de toute signification, déconnectés des histoires qui en font des objets familiers et des concepts utilisables, elle entre en contact avec le sentiment de sa vie vivante accordée avec tout le reste de l’univers, ce qui fait aussi penser aux récits d’Aldous Huxley dans « les portes de la perception » (livre culte qui a d’ailleurs inspiré Jim Morrisson pour le choix du nom de son groupe The Doors) et de Timothy Leary expérimentant le LSD dans les années 1964.

D’ailleurs, Jill le décrit avec beaucoup d’émotion comme un état de « nirvana » qu’elle a éprouvé accidentellement du fait de son AVC, du fait de la mise hors circuit temporaire des aires cérébrales où siège le sentiment d’être une entité séparée délimitée par sa peau. Et pourtant, dans le même temps, cette définition de l’individu enfermé en lui-même et réduit à son corps est une représentation culturelle dont la naissance et l’essor en occident ont été parfaitement décrits par Michel Foucault. Il y a là un paradoxe que je n’ai pas fini de mâchonner.
Lire le reste de cet article »

Ensemble, c’est tout

Samedi 6 juin 2009

plan-d-urgence-pour-sauver-les-enfants-aborigenes

Nous apprenons beaucoup en ce moment sur la pratique des cérémonies définitionnelles. Mais pour ne pas en avoir peur, il faut bien comprendre à quoi elles servent et comment elles fonctionnent.

Cette peur des cérémonies définitionnelles, elle s’est traduite par cette réflexion d’une personne proche : « la narrative, c’est vraiment fantastique en intervention individuelle, mais les cérémonies définitionnelles avec des gens assis en rond et racontent leur histoire, ça me fait un peu peur, ça a un petit côté secte. » Evidemment, ce mot de secte agit sur moi un peu comme un électrochoc pavlovien, certains se souviennent peut-être que le rapport de la Muviludes 2007 avait repris tout un paragraphe de « l’art de coacher », où je racontais l’histoire malheureuse d’un de mes clients qui s’était suicidé, et les réflexions que cela m’avait inspirées. La Miviludes l’avait sorti de son contexte, dépouillé de toutes les interrogations éthiques qui étaient au centre de mon propos, et utilisé pour alimenter l’idée que les coachs étaient des irresponsables qui prenaient le pouvoir sur les gens et les amenaient au suicide. Bref cette histoire m’avait fait beaucoup flipper à l’époque.

Donc ce décrochage entre la narrative en individuel vécue comme « fantastique » et son prolongement définitionnel suspect me suggère que primo, le mot français de cérémonie définitionnelle est peut-être mal choisi et mal compris ; secundo, que j’explique mal l’alignement absolu, naturel et harmonieux qu’il y a entre individuel et définitionnel ; et tertio, qu’à part le cadre qui garantit la sécurité de tous les participants, la liberté de chaque participant est totale, et la personne dont la vie est au centre de la cérémonie est invitée à définir et honorer ce qui donne du sens et de l’intérêt à sa vie. Pas à se mouler dans un récit culturel coercitif proposé par le praticien ou par une quelconque organisation. Ce qui est très exactement l’inverse d’un processus sectaire (tu ne crois pas ?)

Lire le reste de cet article »