Archive pour avril 2009

« Togetherness »

Vendredi 24 avril 2009

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« Togetherness » signifie en anglais dont il est à peu près intraduisible quelque chose comme l’état d’esprit de celui qui est tout le temps en contact avec l’idée qu’il fait partie d’une communauté.

Cette très belle idée a émergé d’un séminaire de Comité Exécutif d’une multinationale des produits de la mer, que je facilitais en début de semaine dans un endroit complètement magique : l’Abbaye des Vaux de Cernay, en Vallée de Chevreuse. Cette Abbaye cistercienne du XIIIème siècle dégage une puissante sérénité, une énergie hors du temps, une invitation à la spiritualité. En prime, les artéfacts électroniques du pouvoir moderne n’y fonctionnent jamais, le téléphone ne passe pratiquement pas et le réseau wi-fi ne traverse pas les murs.

Ce qui était très intéressant était de réaliser que ces personnes avaient toutes envie de travailler en équipe mais qu’ils n’avaient pas la moindre idée de comment s’y prendre tant ils étaient dominés par les différents récits experts disponibles dans le monde des entreprises, et qui définissent ce que devrait être une équipe performante, voire même « de haute performance ». Ces définitions normalisatrices forcément écrasantes invitent les membres des équipes à se comparer à des référents d’excellence, que les consultants experts leur proposent de modéliser moyennant honoraires.

Mais lorsque les meilleures histoires d’équipe se libèrent, on se rend compte tous ensemble avec émotion que les pratiques de fonctionnement des équipes ultra-performantes sont déjà en place dans ces équipes et connues de leurs membres, simplement elles ne sont jamais racontées et totalement écrasées par les histoires de « il faut qu’on fasse un team building ». Dans cet espace apaisé qu’est le cercle narratif, les histoires s’échangent librement et en appellent d’autres, rebondissent, la situation devient simple. Souvent, cela commence au cours d’un repas (voir mon post de la semaine dernière) et les échanges d’histoires démarrent autour de références à d’anciens dirigeants ou à d’anciens collaborateurs, leurs histoires résonnant à la fois comme une rémémoration pour ceux qui les ont connus et comme une initiation culturelle pour ceux qui n’étaient pas là. Et ce sont ces propos de table qui me permettent, de retour dans la salle de réunion, de dire : « ah, vous connaissez déjà la méthode, alors ! »

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Savoir poser sa caméra

Samedi 18 avril 2009

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Cette semaine a apporté sous plusieurs formes cette idée récurrente que l’un des talents d’un bon thérapeute ou coach narratif est de bien savoir poser sa caméra, c’est à dire trouver le « bon » angle sous lequel regarder les problèmes, et que ce « bon » angle permet souvent à lui tout seul de trouver de bonnes questions narratives.

Hier, une conversation avec mon ami Jean-Louis me remet le nez sur l’idée, que nous avions rencontrée en Australie l’hiver dernier, que la façon de considérer une expérience de vie est conditionnée par la « matrice narrative » que l’on convoque pour lui donner un sens, cette matrice narrative étant constituée d’un ou plusieurs récits disponibles dans notre mémoire liés à notre représentation de cette expérience. Changer l’angle de la caméra, c’est changer de matrice narrative. C’est que que nous invitons nos clients à faire sous le terme de « renégocier le problème », mais ceci exige de nous une extrême souplesse dans notre propre capacité à percevoir simultanément plusieurs niveaux de la réalité et notamment, le niveau implicite. Michael White appelait cet exercice la « double écoute ».

Ainsi, le jeune fille enfermée dans sa voiture (voir mon post du 4 avril dernier ici) peut être reliée par le thérapeute soit à un récit de dysfonctionnement et de maladie, soit à un récit de résistance constituant une expression identitaire et créative de ce qui est vraiment précieux pour elle dans sa vie. Ainsi, un enfant en proie à une crise maniaque (et rien que cet espèce de diagnostic fait récit) peut être vu comme une victime passive des activités du problème mais également comme un prisonnier essayant de faire passer des messages dans une bouteille jetée à la mer. Ainsi nous-mêmes pouvons-nous nous considérer come des thérapeutes narratifs qui font du coaching pour manger et /ou comme des coachs de dirigeants qui travaillent avec les idées narratives et / ou comme des auteurs qui explorent de nouveaux modes d’expression visant à mieux connaître ce que l’on pourrait appeler l’ingéniérie du sens chez nos clients et chez nous -mêmes. Nous sommes tout cela à la fois et bien d’autres choses (un guitariste qui fait du coaching et et la thérapie ?), mais le choix du centre à partir duquel nous décidons d’organiser notre perception détermine en même temps l’ensemble de notre édifice identitaire et donc des options que nous prenons dans le paysage de l’action.

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Télescopages

Samedi 11 avril 2009

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Cette semaine est celle du télescopage, entre la vie de Martine qui a entrepris un combat d’écriture pour échapper à l’enfer de son histoire dominante et celles de six jeunes futurs Maîtres du Monde (dont l’une de mes filles), que j’ai accompagnés dans leur réflexion sur les oraux des Grandes Ecoles.

Martine a connu une longue histoire continue d’abus et de violence, depuis ses huit ans. Cette histoire a failli la tuer, elle l’a jetée dans la rue sans domicile fixe, à fouiller dans les poubelles pour se nourrir. Mais Martine n’a jamais cessé d’essayer de sortir sa vie des griffes de la violence. Dans un commissariat où elle portait plainte contre son mari (un acte de pure résistance), un brigadier-chef de Brive l’a envoyée vers une coach, Bernadette (celle du tricot !) qui lui a proposé d’écrire sur sa vie.

Et à la séance suivante, Martine est arrivée avec un cahier entièrement noirci de son écriture, un texte de 50 pages qui est une pure merveille car il entrelace à la fois l’histoire dominante et ses effets dévastateurs et cumulatifs dans la vie de Martine, et la présence permanente d’une autre histoire à l’état de fines traces, même dans les moments de désespoir les plus profonds. Et aussi l’histoire sociale et relationnelle des principes, idées et espoirs qui ont permis à Martine de rester toujours en contact avec le sentiment qu’elle avait de la valeur et la conviction que ce qui lui arrivait, même si elle avait fait quelques erreurs, était intrinsèquement mauvais. Martine m’envoie une lettre accompagnant son texte : « j’ai l’impression en écrivant ma vie de me vider de ma souffrance et que ça laisse la place à se reconstruire, c’est très dur mais il faut aller de l’avant », ce qui en soi, est un petit mode d’emploi fantastique de la vie et de la psychologie.

La vie des six jeunes gens que j’ai aidés à préparer les entretiens des Grandes Ecoles de Commerce n’a rien à voir avec celle de Martine. Lire le reste de cet article »

La mort du poète

Samedi 4 avril 2009
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Peinture de Natasha Savelieva

Il y a un an exactement,  le 4 avril 2008, le corps vivant Michael White, le fondateur de l’approche narrative, est décédé. Il est désormais en relation avec nous à travers ses histoires.

Je n’ai pas pleuré la mort de Michael, de ces larmes qui auraient pu dire de moi que je pleurais un ami ou un parent. Je n’ai pas porté un deuil qui aurait dit au monde combien nous étions proches lui et moi. Je garde mes larmes pour mes amis et pour ma famille, ces larmes qui me restent après avoir pleuré mon père, Charles Kablé, Jean-Marie Dillemann et quelques autres.

J’ai été l’un des élèves de Michael comme beaucoup d’entre nous en France et ici à Bordeaux, et je le considère comme un thérapeute et un enseignant génial, mais surtout comme un être humain exemplaire de cohérence et de congruence entre son enseignement et sa vie, entre ce que son travail disait de lui et la façon dont il incarnait ses principes, ses valeurs et ses espoirs dans ses relations avec les autres. Ma relation avec lui illustre donc la façon simple et fraternelle qu’il avait de se relier instantanément à chaque personne qui croisait sa route, et c’est déjà une chance extraordinaire.

Aujourd’hui, j’ai le bonheur de faire partie d’une communauté internationale de praticiens qui, en France et dans le monde entier, vivent cette journée de façon particulière. J’ai le très grand honneur d’avoir été sollicité, aux côté de gens comme David Epston, Angel Yuan ou John Laird, pour témoigner au sein du Michael White Archive de l’influence de la pensée de Michael sur mon travail (voir ici et pour la traduction de mon article en français, voir ci-dessous).

Pour marquer symboliquement cette journée, nous avons décidé d’en faire la date officielle d’ouverture de la Fabrique Narrative, notre centre de formation à l’approche narrative (voir ici pour l’avant-première du site) qui commencera ses premiers groupes de formation en septembre prochain. Réfléchir à la meilleure façon de continuer la route, de transmettre les idées de Michael et de ses collègues, de créer une pédagogie vivante qui mette les praticiens en mouvement dans un enthousiasme joyeux plutôt que dans une appréhension craintive : tels sont les axes de travail qui nous explorons actuellement, et notre façon de dire merci et de rendre hommage à un grand maître et à un grand humain.

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