Archive pour mars 2009

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers

Vendredi 27 mars 2009

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Une nouvelle métaphore permet toujours d’enrichir la description d’une histoire.

Michael White a largement diffusé la métaphore du mur et de l’échafaudage. Le client construit un mur, appuyé sur le paysage de l’action c’est à dire à partir des récits qu’il produit à propos de ses expériences de vie. Le client pense souvent que ces récits rendent compte de ses expériences alors qu’en fait, ils en produisent le sens par les métaphores et les métonymies qu’il choisit pour leur enfiler un habit de langage. Les questions du thérapeute viennent fournir au client un échafaudage pour ce mur, édifice qui lui permet de relier le paysage de l’action (les histoires) avec le paysage de l’identité (la compréhension intentionnelle qu’il a de ses actions et de ses choix dans ces histoires)

Bernadette Labaudinière, coach Briviste qui utilise les idées narratives, propose une métaphore poétique, celle du tricot. Le client tricote ses histoires et ses compréhensions intentionnelles : une maille à l’endroit, une maille à l’envers, une maille dans le paysage de l’action, une maille dans le paysage de l’identité. Les deux paysages sont intimement liés, intriqués l’un avec l’autre, chaque maille de l’un supportant une maille de l’autre. Ainsi, chaque élément de l’identité (intentions, espoirs, rêves, engagements, croyances, principes) est à l’oeuvre dans la création de nouveaux récits, lorsque le client se met à son oeuvre de rédaction de sa vie. Et dans l’autre sens, chaque nouvelle histoire racontée, tentant de mettre cette oeuvre en mots, élargit grâce aux questions inattendues du praticien la compréhension qu’a le client de ce qui est précieux pour lui et des liens entre ceci qui est précieux et la façon dont ce précieux est mis en oeuvre dans ses choix, et dans ses actions. Comme, disait Michael White, deux miroirs qui se reflètent l’un dans l’autre à l’infini.

Cette métaphore du tricot est intéressante. Elle montre bien ce travail de tisserand auquel nous invitons nos clients, tisserand qui brode et épaissit des liens entre ce qu’il fait et ce qu’il est, qui prend conscience du point auquel l’un se reflète dans l’autre et que les problèmes sont des trous dans le tricot, des malentendus ou plutôt des « malracontés ». Et le praticien fournit les aiguilles pour tricoter, les aiguilles, ce sont ses questions, elles doivent être pointues et du bon format adapté à la laine. Et une fois terminée la conversation, on retire les aiguilles et elles restent chez le praticien, dans le petit panier à côté de la cheminée. Et le client repart vivre sa vie avec son pull d’identité sur le dos. Laisser les aiguilles dans le pull, ce serait ridicule et dangereux. C’est ce que font malheureusement certaines approches thérapeutiques expertes.

La Narrative est-elle soluble
dans les micro-cartes ? (2ème partie)

Samedi 21 mars 2009

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Ma métaphore personnelle des cartes narratives est plus liée à la musique populaire qu’à l’espace.

C’est une métaphore de guitariste : il existe dans le blues des grilles d’accords que connaissent tous les musiciens et sur lesquelles chacun est libre d’improviser, qu’il soit saxo, bassiste ou pianiste, en contact permanent avec sa musique intérieure et en contrepoint du chant déployé par le client. Que l’on soit dans l’univers de la randonnée ou dans celui de l’impro musicale, les cartes, les grilles d’accords, ont une fonction métaphorique certainement utile, mais ne disent rien sur le pays, ne font résonner aucune musique.

« Maps » sera bien malgré lui le livre-testament de Michael White mais il n’était absolument pas destiné à poser un point final sur son chemin de chercheur-randonneur, c’était un cadeau généreusement fait à tous ceux qui souhaitent utiliser les idées narratives dans le cadre de leur travail d’accompagnement. C’était un partage infiniment riche et généreux des trésors que Michael White a découverts avec ses clients tout au long de son chemin de thérapeute. Il propose ses cartes avec modestie comme des métaphores qui l’ont énormément aidé, sans jamais se poser en détenteur ou en propriétaire d’un quelconque savoir.

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La Narrative contre Alzheimer ?

Samedi 14 mars 2009

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Peut-on proposer un protocole de conversation narrative qui aiderait à lutter contre l’histoire de la maladie d’Alzheimer dans la vie des patients ?

Depuis longtemps -mes premières discussions avec Jean-Luc Pardessus sur le projet « Bulles de Sagesse » datent d’il y a au moins 3 ans- je me demande comment l’approche narrative pourrait s’intégrer dans le travail avec les personnes âgées confrontées à une histoire dominante d’isolement. Marie-Hélène Idiartegaray a mené de son côté plusieurs expérimentations intéressantes en maison de retraite avec des petits groupes de parole et des échanges de récits.

Une conversation récente avec Stéphanie Bouget, une amie psycho-gérontologue (ou géronto-psychologue, je ne sais jamais) en institution a nourri et fait avancer cette réflexion, en lui faisant emprunter un chemin différent. En effet, le projet Bulles de Sagesse consistait à demander à des groupes de personnes âgées isolées de raconter des histoires en réponse à des questions du type : « qu’est ce que la vie vous a appris de plus important ? » et de réfléchir ensemble à ce que ces histoires disaient d’eux en termes de valeurs, d’espoirs, etc., puis de voir comment quelle résonance ces espoirs et ces valeurs pouvaient avoir sur leur vie d’aujourd’hui et d’en organiser éventuellement une proclamation avec des publics de jeunes également isolés ou en difficulté. Mon interrogation portait sur la capacité de personnes luttant contre la maladie d’Alzheimer à mener un échange structuré autour de questions de témoin extérieur nécessitant de mémoriser l’histoire racontée par un autre participant, et où chaque étage de l’échafaudage se construit sur le précédent. Dès lors, que se passe t-il si à chaque instant, l’étage précédent risque de se dissoudre dans l’oubli ?

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La Narrative est elle soluble
dans les micro-cartes ?

Samedi 7 mars 2009

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L’enseignement de l’approche narrative en France est essentiellement fondé sur la maîtrise des « micro-cartes », outils pédagogiques qui ont permis à Michael White de formaliser sa pratique afin de la transmettre.

Ces micro-cartes sont des sortes de schémas globaux de différents types de conversation narratives, qui permettent au praticien d’avoir des points de repère et de s’orienter à l’intérieur de ces conversations de façon, d’une part, à mieux comprendre ce qui s’y passe et d’autre part, à la faveur d’une métaphore « conversation = voyage », devenir capable de forger des questions qui emmènent le client dans des endroits où il ne serait jamais allé, favorisant ainsi une description riche d’histoires alternatives.

Mais voir l’approche narrative uniquement sous cet angle risque de polariser l’attention des nouveaux praticiens sur les cartes, l’application des cartes, l’orientation dans les cartes, le respect des cartes, et de perdre de vue l’essentiel d’une conversation thérapeutique qui est de favoriser chez le client l’émergence d’une compréhension intentionnelle (se substituant aux compréhensions internes de type névrose, symptômes, caractère, traits de personnalité, etc. proposées par les traditions psychologiques classiques) et de renforcer son sentiment d’initiative personnelle.

Ce risque est encore renforcé par le fait que les cartes constituent le seul corpus constitué directement orienté vers l’apprentissage d’une pratique opérationnelle, dans les formes classiques dominantes de l’apprentissage scolaire ou universitaire. Après la mort de Michael White en avril de l’année dernière, de nouvelles cartes ont été proposées par ses successeurs australiens, plus complexes que les 5 cartes de base, comportant plus d’étages et d’étapes, spécifiques à une problématique (la carte du sentiment d’échec…) Le danger est de voir apparaître une sorte d’ingénierie pédagogique de production de micro-cartes orientées vers le traitement expert de telle problématique au lieu de se borner à être des outils de détection et d’enrichissement d’identités préférées.

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Power of song 2.0

Dimanche 1 mars 2009

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Lui, c’est Bobby Lapointe, chanteur un peu fêlé et parolier virtuose très connu dans les années 60 et un peu passé de mode.

Quelle ne fut pas ma surprise d’entendre ses refrains les plus connus (« Avanie et Framboise », « la maman du poisson », « Madame Mado m’a dit »…) dans la sono d’une baraque de sandwichs de Saint-Lary (Pyrénées). Je m’en étonnai. Le tout jeune homme qui tenait la boutique était ravi que j’aie reconnu. « Je connais toutes ses chansons par coeur, m’expliqua t-il. Les chansons de Bobby Lapointe, c’est toute mon enfance ; quand on allait de Paris à la Méditerrannée, mes parents les passaient en boucle tout le temps ». Et en disant ça, des larmes brillaient dans ses yeux.

Ceci m’a ramené à Adelaide et au séminaire « Power of song » enseigné par David Denborough. « Les chansons sont les bandes originales de nos vies », disait-il, en nous proposant l’exercice de faire notre récit de vie par les chansons plutôt que par les événements. Se souvenir des chansons clés qui ont marqué telle ou telle période de notre vie, retrouver ce qui nous a marqués dans ces chansons, et à quoi elles sont associées, et comment elles résonnent avec ce qui est important pour nous. Et nous obtenons une partition très intéressante avec les chansons en clé de sol sur le paysage de l’action et en clé de fa, le paysage de notre identité telle qu’elle a été imprimée et exprimée par ces chansons qui nous ont tant marqués, et que nous aussi ,nous écoutons les yeux dans le vague, sourire aux lèvres, ramenés physiquement à l’époque qu’elles ont codée. La musique est une machine à voyager dans le temps.

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