10 mars 2010
J’ai déjà parlé ici d’Irvin Yalom, grand thérapeute et écrivain américain. A la page 16 de « la malédiction du chat hongrois » (Galade éditions), ces magnifiques lignes, d’une « narrativité » flamboyante :
« Nous sommes des créatures en quête de sens qui doivent s’accommoder de l’inconvénient d’être lancés dans un univers qui n’a intrinsèquement aucun sens… pour éviter le nihilisme, nous devons nous engager dans une double tâche. Premièrement, inventer ou découvrir un projet donnant sens à la vie et assez solide pour soutenir une vie. Deuxièmement, nous efforcer d’oublier notre acte d’invention et nous convaincre que nous n’avons pas inventé, mais découvert ce projet donnant sens à la vie, qu’il a une existence indépendante « au dehors ».
Pratiquer l’approche narrative, c’est rester conscient en permanence de notre acte d’invention perpétuel, de co-invention de notre vie avec les membres de notre club de vie. C’est honorer cet acte d’invention et ceux qui y participent comme nos ressources les plus précieuses. C’est restituer cet acte d’invention et son infinie créativité à ceux qui viennent nous consulter, désespérés de ne pas découvrir, malgré tous leurs efforts, ce fameux projet qui les attendrait « en dehors ».
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25 février 2010

Ce « pun » (désopilant) d’Elizabeth Feld, amatrice de thé de Chine devant l’éternel, permet d’introduire l’un des concepts les plus vertigineux de l’approche narrative.
Nous avons repris au cours d’un séminaire avancé de la Fabrique Narrative la carte de l’absent mais implicite qui avait été présentée en septembre 2008 à Paris par Shona Russell et Sue Mann, comme un travail en cours de développement, et nous avons essayé de la retraiter à la manière de la Fabrique, c’est à dire comme une carte de randonnée qu’il convient de considérer depuis le ciel plutôt que comme un édifice vertical que l’échafaudage de questions permettrait de bâtir peu à peu.
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13 février 2010

Je n’ai pas écrit ici depuis trois semaines, préoccupé que j’étais, ayant pulvérisé le mur du Cinq, d’avoir plus de sept fois l’âge de mon plus jeune fils.
J’avais envie depuis longtemps de consacrer un post à la systémique. Un Père Noël systémicien a eu la bonne idée de mettre un livre de Guy Ausloos dans mes petits souliers. Je suis un total novice en systémie depuis des années à part mes excellentes relations avec Annie Cottet qui est une pointure et la lecture sur ses conseils du petit livre très clair de François Balta.
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25 janvier 2010
L’une de mes clientes me dit : « je me rends compte que j’ai passé ma vie à rêver ma vie au lieu de la vivre ».
Et aussi : « je n’ai jamais été en contact avec le réel ». Mais en termes d’approche narrative, cela a t-il un sens de distinguer d’un côté, une réalité solide et objective, comme une chaîne de montagnes immuable avec laquelle on pourrait être en contact, et de l’autre côté le rêve, c’est à dire une histoire fantasmagorique que l’on se raconte pour donner un sens à sa vie ? Pas sûr du tout…
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16 janvier 2010
Herschel Blank (surnommé Guersch) est mon grand-père, que je n’ai jamais connu. Il m’a rendu visite à la Fabrique Narrative.
C’est intéressant ce qui se passe en ce moment à la Fabrique. Le groupe d’initiation vient de terminer son troisième séminaire, sur le thème du remembrement. Pour les non-praticiens narratifs, et en deux mots, le remembrement (remembering en anglais, parfois également traduit sous le terme, moins évocateur, de « regroupement ») est l’une des conversations narratives les plus puissantes et les plus émouvantes. Elle part de l’idée que nous sommes reliés en permanence par des histoires à un « club de vie » composé de toutes les personnes et de tous les personnages qui ont eu une influence sur nous. Lire le reste de cet article »
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31 décembre 2009
A vous tous qui vous baladez régulièrement dans ces « Errances Narratives », écrites au fil de l’eau et de l’humeur, et qui partagez généreusement vos idées, sentiments, indignations, sourires…
Je vous souhaite de pouvoir chérir ceux que vous aimez et le célébrer le bonheur qu’ils soient vivants, de savoir honorer ceux qui sont partis mais dont les histoires continuent à nourrir nos vies, de garder l’espoir que la communauté humaine puisse accoucher de nouvelles cultures minoritaires permettant de suivre une autre voie que la religion du Pognon et du Pouvoir qui nous amène à la catastrophe… et lutter pour cela, chacun à notre manière.
Tous mes voeux pour que 2010 vous apporte la réalisation de vos projets si vous en avez, et le simple bonheur de vivre sans projet si vous avez choisi de ne pas en avoir.
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24 décembre 2009

Nicole dit que Michel ne sait pas choisir les cadeaux de Noël. Michel répond qu’il n’aime pas faire des cadeaux.
Je suggère alors que faire des cadeaux est un apprentissage qui passe notamment par le fait d’en recevoir, et que Michel n’en a peut-être pas souvent eu l’occasion. Avec beaucoup d’émotion, il me raconte l’histoire suivante qu’il date de ses 6 ou 7 ans : il venait d’un milieu assez pauvre et la tradition familiale était de ne pas faire de cadeaux à Noël. Un jour, pourtant, il trouve un paquet à son nom sous le sapin. Le coeur battant, il l’ouvre. Sous le papier cadeau et la ficelle brillante, il trouve… un martinet.
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4 décembre 2009
Le sujet du post précédent a donné lieu à des commentaires fort nourris et intéressants. Aujourd’hui, une fois n’est pas coutume, j’invite dans ce blog Reine-Marie Halbout, qui m’a envoyé des réflexions à la fois passionnantes et très émouvantes sur le sujet, que j’ai eu envie de partager avec vous. Reine-Marie est une amie, et l’une des figures du coaching en France. Auteur prolifique dont le dernier »Savoir être coach » (Eyrolles) dont j’avais parlé ici, Reine-Marie est coach et psychanalyste d’orientation jungienne, pratiquant les typologies avec finesse et discernement (elle a introduit le Golden en France). Son ouverture d’esprit et sa posture de travail permettent de tisser de nombreuses passerelles avec l’approche narrative. Je lui laisse la plume.
Cher Pierre,
Je réagis à ton dernier blog sur une histoire française….c’est drôle car le sujet que tu abordes était en train de me « travailler » à travers diverses situations, vécues récemment. Je crois qu’il y a une vraie prise de conscience à faire autour de ces questions mais nous sommes tous pris dans des représentations très fortes concernant une « vie professionnelle réussie » et les blocages sont difficiles à lever. Lire le reste de cet article »
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21 novembre 2009

Dessin de Deligne
L’un de mes clients, en recherche d’emploi depuis un certain temps, se voit souvent poser la question : « pourquoi avez vous accepté tel job qui était bien au dessous de votre niveau professionnel ? »
Et à cette question là, il est politiquement incorrect de répondre : « parce que j’avais besoin de bosser et de gagner ma croûte, et que c’était ma seule option à ce moment là ». Comme si ces mots et cette intention étaient déshonorants. Comme s’il existait une histoire où tout cadre se devait de voler de succès en succès, et voir une ascension de carrière irrésistible, gérer prudemment sa carrière, mais tout en prenant des risques, et ne jamais prendre de gamelle.
Je trouve qu’il y a là un discours à déconstruire, qui introduit dans le processus de recrutement à la fois une histoire de performance, de succès et de croissance permanents déclinés de façon métonymique et même homothétique de leurs homologues dans les espoirs et les rêves de conquête continue des entreprises, et d’autre part, peut-être, une sorte de trace résiduelle l’hypocrite jalousie bourgeoise vis à vis de ceux qui prennent des risques, et que l’on retrouve dans la sagesse populaire : « pierre qui roule n’amasse pas mousse ». Toujours est-il que le droit à l’échec est très peu accordé dans les faits, quant au droit à plusieurs échecs, n’en parlons même pas ! (le mythe du loser)…
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11 novembre 2009

Pour ce 11 novembre, une belle publicité qui décourage explicitement les gens à travailler sur eux-mêmes et à chercher du sens pour s’anesthésier en consommant les produits à la mode.
Dans le genre activités de la culture dominante, je pense que cela se passe de commentaires. A propos de commentaires, ne ratez pas les échanges passionnants du précédent post sur Marlo Morgan, notamment les deux commentaires de Stéphane Kovacs et les références précieuses qu’il donne pour tous ceux qui sont intéressés par la véritable culture Aborigène.
Bien sûr, cette petite pub fonctionne un peu en miroir avec Marlo Morgan, reader’s digest plus ou moins apocryphe d’une cosmogonie d’accès difficile, mais ici, le miroir est tellement déformant qu’on peut le garder sans cesse à l’esprit pour éclairer les choix que nous effectuons et protégeons en tant qu’auteurs de notre vie.
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