Le naufrage relationnel et collectif de l’équipe de France nous offre une double opportunité narrative.
D’une part, être confrontés en temps réel et en direct, avec une puissance planétaire, à un retelling de ce que les Bleus ont compris de notre société. Ce n’est pas très agréable et gageons que c’est pour cela que la condamnation a été aussi violente et unanime, avec une urgence à localiser le problème qui chez le coach, qui dans l’équipe avec une recherche frénétique de coupables qui nous évite de réfléchir à notre participation à ce système.
Car lorsqu’on explore le contexte élargi, on se rend compte que la perfusion de pognon à laquelle ces jeunes gens sont brutalement exposés, leur statut d’icônes récupéré par ces mêmes marques commerciales qui les lâchent aujourd’hui, le fait de piétiner le fait collectif en se mettant en grève au nom d’intérêts particuliers, la grossièreté et la violence (exprimés naguère au plus haut somment de l’état par un « casse toi, pauv’con ! » qui n’a pas valu la « une » de l’Equipe, la négation de l’autorité et le refus obstiné de la moindre contrainte ou de la moindre frustration, la toute-puissance du spectacle et la dilution de la conscience d’appartenir à un tout : ce ne sont pas des thèmes footbalistiques, mais les thèmes qui sous-tendent la désagrégation de notre tissu social et des valeurs qui ont servi de socle à notre contrat social depuis la fin de la guerre.
Et ceci nous confronte aussi avec une question de remembrement : qu’est-ce que cela signifie aujourd’hui de faire partie d’un groupe nation ? Comment cela se voit ou se décide t-il ? Quelles sont les règles d’inclusion et d’exclusion ? Quels sont les droits et les devoirs exprimés par cette appartenance, quel est son sens ? A travers les débats conjoints du comportement de l’Equipe de France au cours de la Coupe du Monde, de la réforme des retraites et de la fragilité des Etats face aux marchés financiers, c’est la même question qui est posée et la même recherche qui essaie d’émerger : celle d’un nouveau récit qui puisse documenter notre appartenance à un pays, et notre relation à cette appartenance.
Cela pose également, à mon sens, la question de la responsabilité de la presse qui se sent tout à fait libre de dire tout et son contraire, de diffuser ds messages non vérifiés et autorisée à détruire des vies au nom de la sacro-sainte liberté de la presse en démocratie. Il serait interessant de faire un book de tout ce qui a été rapporté depuis 5 ans sur l’équipe de france de foot et de son staff. On n’est pas à une contradiction près et on atteint des sommets dans l’hallali.
Ne peut-on vraiment pas informer en restant mesuré.
Michelle
Merci Pierre pour ce retelling dont je partage chaque mot. Aujourd’hui même, les plus hautes instances de notre « cher » état providence s’emparent du dossier. Puissent les décisions qui y seront prises ne pas nous priver pas d’une analyse fine et nécessaire des origines et des conséquences de cette histoire consternante.
Car le sujet de l’appartenance à une communauté nationale, les thèmes de solidarité, de respect, d’engagement, de performance et d’espoir se trouvent évidemment posés et cette résonnance est troublante.
En tout cas merci à toi de le faire…
12 ans après l’exploit des Blacks-Blancs-Beurs, ce récit là projette sur nous une ombre désagréable. En tout cas un signe fort et l’obligation de ne pas l’ignorer…