L’invité du Mois de la Narrative Interview:
Bruno Hug de Larauze, co-entrepreneur de devoir!

A 48 ans Bruno Hug de Larauze est le patron de MTTM/ Idéa Logistique – Groupe de Logistique Portuaire et Industrielle – et aussi le Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie de Saint Nazaire (44).
Ce jeune PDG d’une scop créée en 1919 , a accepté de répondre à nos questions avec beaucoup de gentillesse, d’humour et de conviction.

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BLOG: Quelle est votre vision du coaching?
B.HL “Pour moi, un coach c’est la personne qui aide le dirigeant à conduire l’hélico sur ses “gros cailloux quotidiens”, c’est celui qui l’aide à prendre du recul mais il n’est pas l’hélico lui-même, ça doit être le co pilote de l’hélico.
Celui qui aide à capter les signaux faibles.”
- “Vous connaissez l’histoire des gros cailloux ?”

BLOG: heu ….non!

B.HL “C’est un vieux professeur qui arrive devant ses étudiants à l’ENA avec un bocal de verre vide à la main, il le pose devant lui et attrape quelques gros cailloux pour le remplir entièrement. Il s’adresse alors à l’assemblée et demande si le bocal est plein… (voir la suite de l’histoire dans les commentaires)

BLOG: Comment vous êtes-vous fabriqué votre vision du coaching?

B.HL ”Par mes rencontres avec des coachs dans le cadre de participations que j’ai dans plusieurs entreprises et dont les dirigeants sont quelquefois accompagnés par un coach, j’ai été DRH chez Ford et j’ai aussi beaucoup travaillé sur des modules de formation.
Vision confortée sauf que souvent on fait appel à un coach quand un gars est paumé et on ne devrait pas car ça devient un gourou et là c’est l’horreur.
Il peut y avoir un trouble de la personnalité du coaché, ça peut arriver.”

BLOG: Quel est l’aspect positif de cela, quel en est le côté négatif ?
B.HL “Ce qui est très positif vient du fait que le coach est extérieur à l’entreprise et ça évite toute manipulation d’un supérieur ou d’un collègue par quelqu’un qui n’est pas neutre. quand il y a une relation ambiguë ou lorsqu’il y a arbitrage à faire dans l’entreprise, le fait qu’il y ait une personne extérieure c’est pas mal.

Celle qui permet de “bien poser ses gros cailloux”, car si on rajoute un gros caillou alors que le bocal est déjà plein de petits cailloux, on n’y arrive pas, ou alors il faut vider le bocal et ça c’est un traumatisme.
Bon c’est un peu compliqué mais un coach peut aider à ça: remettre en perspective les choses, remettre en dynamique, en mouvement tout en consolidant les racines et les bases.

BLOG: Et le Côté négatif?

B.HL “Gourou, manip, mielleserie… y’en a un paquet! Approche binaire, posture. Parce que la fonction de coach est endémique, attention, pas systématique, endémique.”

BLOG: et dans un groupe, une communauté?
B.HL “Là il y a les relations entre les personnes et un coach peut mettre de l’huile dans les rouages ou bien sur le feu: Je pense qu’on naît tous avec une burette d’huile, certains s’en servent pour graisser les rouages et d’autres pour en jeter sur le feu.
Je suis convaincu de ça.
Quand vous avez un dirigeant qui divise pour mieux régner, il met de l’huile sur le feu. En permanence.
Quand vous avez un dirigeant qui dit “je le sais, je n’en parle pas, je le garde pour moi” pour éviter de cristalliser des tensions et pour construire une démarche d’équipe… vous mettez de l’huile dans les rouages.
On vit ça tous les jours ici, avec de petits drames quotidiens qu’on connaît tous.”

BLOG: Ca dit quoi de vous?
B.HL “L’accompagnement, en fait, ça vient de Saint Ignace, il y a des origines chrétiennes pour moi….et relève du discernement ignacien, pour d’autres ce sera différent, mais il y a toujours une question de discernement. Se profile un événement: comment le situer dans son contexte? Et qu’est ce que ça nous dit de ma personnalité, de la situation et de l’un par rapport à l’autre ? Après, chacun choisit ce qu’il veut faire.
Ca dépend des rencontres et de l’enthousiasme qu’elles provoquent; Je n’ai pas de jugement de valeur, du moment que ça parle à des gens et que c’est bon pour eux et leur environnement. Il y a toutes sortes de solutions…
Alors un coach peut être l’une de ces aides au discernement, s’il est pertinent, pas forcément es qualité mais pertinent par rapport à la situation et à la personne, et là, c’est génial.”

BLOG: Vous ne nous avez toujours pas parlé de vous! Alors évoquons ce que tout ça dit de votre entreprise, et des valeurs que ça appelle ?
B.HL “Je vais avoir l’air prétentieux mais vous savez, au bout de douze ans de présidence d’une entreprise les valeurs de l’entreprise et les miennes doivent être en cohérence à au moins 50% sinon, ça ne marche pas. Il ne peut pas y avoir d’antinomie totale entre un dirigeant et son entreprise, en tous cas, pas sur l’éthique.
Le projet du dirigeant, le fait de privilégier l’être au savoir technique, ça donne forcément un profil d’entreprise différent.
A l’origine, j’avais écrit les règles du jeu de l’entreprise, tout seul, un peu style “tu ne voleras pas, tu ne tueras pas ..”!!!! Mais ça parlait de mes valeurs: le droit à l’erreur, le devoir d’initiative, l’interdiction formelle d’arnaquer un client.
J’étais sur un nuage, très content de mon truc mais quand même c’était pas très efficace.
Alors, nous avons utilisé l’opportunité de la révision coopérative en remplaçant celle-ci par une réflexion globale avec l’ensemble du personnel sur “que veut dire être une scop aujourd’hui chez nous”. Le Délégué Général des scops de l’époque m’a dit alors: ” Dans une scop, tout le monde pense aux droits, pas beaucoup aux devoirs et toi tu as besoin de savoir comment ils ont envie d’être gouvernés.” Il faut leur poser la question. Nous avons donc organisé un séminaire autour de trois interrogations
Un: Qu’est-ce que vous attendez de MTTM, deux: qu’êtes vous prêts à donner à MTTM et trois, qu’attendez-vous du pilote?
Du séminaire est né un livret rédigé en commun et intitulé “Les valeurs”. Il présente, au travers de l’expression Solidarité, les principes idéaux auxquels nous nous référons pour fonder notre jugement, diriger notre conduite et donner du sens à nos actions: Co-entreprise, respect, équité, engagement et responsabilité.
Concernant le pilote, c’est à dire moi, les valeurs plébiscitées étaient: Une vision, du courage, de la cohérence. Je me retrouve bien dans ça.”

BLOG: Que retiendrez-vous de cet entretien?
B.HL “Mon père était un homme exceptionnel, humainement formidable, et moi j’étais “l’héritier”. Dans sa vie il a du créer 4000 emplois, respecté et aimé de tous, et tout officier de la Légion d’honneur qu’il fut, il s’est retrouvé à près de 50 ans avec un cancer et relativement ruiné ; mais quel homme magnifique est-il devenu ensuite !
En évoquant toutes ces choses, ces valeurs, je sais toute l’admiration que j’ai pour lui et je retiens ce à quoi je crois de plus en plus. A la fin, et quoi qu’il arrive, pour qu’un patron, un homme, puisse dire qu’il a tout réussi c’est qu’il est resté en cohérence avec sa colonne vertébrale, le sens de sa vie.”

Aucun commentaire sur “L’invité du Mois de la Narrative Interview:
Bruno Hug de Larauze, co-entrepreneur de devoir!”

  1. “Vous connaissez l’histoire des gros cailloux ?”
    C’est l’histoire d’un vieux professeur supposé faire un cours sur la gestion du temps à ses étudiants à l’ENA avec un bocal de verre vide à la main, il le pose devant lui et attrape quelques gros cailloux pour le remplir entièrement. Il s’adresse alors à l’assemblée et demande si le bocal est plein.
    - L’assemblée répond que oui, le bocal est plein.
    Le prof attrape alors une poignée de cailloux moyens et les verse dans le bocal, ceux-ci allant entre les gros cailloux se frayer un chemin.
    Il s’adresse alors à l’assemblée et demande si le bocal est plein.
    - L’assemblée hésite, consciente qu’il y a sans doute là une entourloupe quelconque….
    Le prof verse alors dans le bocal de minuscules petits gravillons qui courent et viennent se caler dans les parties disponibles du bocal
    Il s’adresse alors à l’assemblée et demande si le bocal est plein.
    - L’assemblée qui n’est pas des moins avisée répond que… non!
    Le prof jette du sable dans le bocal et puis enfin, de l’eau. Et l’eau finit de remplir le transparent récipient.
    Je vous laisse imaginer ce qu’il serait advenu des gros cailloux à installer dans le bocal si nous avions commencé par l’eau, le sable et les gravillons….Quelle est la morale de tout ça?
    - Eh bien, la morale pour une bonne gestion de l’essentiel et pas seulement du temps, c’est qu’il est important de toujours mettre les gros cailloux avant”

  2. Catherine Besnard-Péron dit :

    Allez.. J’ose mettre la variante qu’on m’a un jour glissé dans l’oreille :

    Après ce brillant exposé, un des étudiants de l’ENA contre toute attente, se lève et verse un verre de pastis dans le vase qui alors, se colore…

    La nouvelle morale de l’histoire : quand le temps et l’essentiel sont bien gérés, il y a encore une place pour… l’apéritif !

  3. Trop bon ! Compte sur moi pour populariser cette version, cong ! :)

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