L’INVITE DU BLOG Avril 2009 “Vous voulez qu’on en parle ???? “ Marcel Desvergne

marcelPendant plus de trente ans, il a présidé aux destinées de toutes les techniques d’information et de communication en tant que Fondateur et Délégué Général de l’Université d’été de la Communication puis des Entretiens des Civilisations Numériques.
Président de la Société des lecteurs du journal Le Monde de 2004 à fin 2007 Marcel Desvergne est aujourd’hui le Président d’AEC: Aquitaine Europe Communication.
Voici donc l’interviewe narrative d’un retraité girondin de l’Education Nationale – il a démarré comme instituteur – qui a sacrément bien su mener sa barque de visionnaire et d’homme résolument tourné vers la modernité !

BLOG: Marcel Devergne, quelle est votre vision du coaching?
M.D “ Il y a quelques temps, Nicolas Sarkozy devait enregistrer un discours, mais à la fin de la séance, personne n’a osé lui dire que l’enregistrement n’avait pas fonctionné…C’est un malheureux technicien qui a du lui avouer qu’il fallait tout recommencer.
Avec la société du tout numérique, sur laquelle le koâchingue doit se pencher, la situation difficile, individualiste que nous vivons et dans laquelle tout le monde veut légitimement exister, ce genre de trucs qu’autrefois personne ne savait est immédiatement repris par un site internet. Et dans le désordre, l’inorganisé total qui nous entoure, quelques heures plus tard, tous les grands médias se mettent à passer l’info comme quoi le Président a refait son discours, mais qu’en plus il était en colère etc etc. Voilà comment dans une société relativement équilibrée, le numérique met en cause toute une série d’équilibres, déstabilise des citoyens et implique que le coutching soit, peut-être, une des façons de remettre de l’ordre dans la société ou, au minimum, de remettre de l’ordre chez l’individu, auprès d’une collectivité, dans un groupe, dans l’entreprise ou dans une association.”

BLOG: Vous dites koâchingue, et je sais que vous le faites exprès! Dernier sursaut de résistance face aux anglicismes, humour ? Dérision ?

M.D “ Et on dit comment?”p10004512

BLOG: heu.. c’est Côchingg
M.D “ Le mot en question est intéressant puisque c’est un mot nouveau mais qui devient un mot aussi insupportable que l’ont été “l’entreprise citoyenne” ou “développement durable”; il y a des mots qui sont des mots – qui sont des mots qui sont des mots – qui deviennent au goût du jour et qui sont, pendant un temps plus ou moins long, en phase avec les besoins d’une société. Ils fonctionnent alors très bien. Mais ce mot est employé aujourd’hui à toutes les sauces. Partout, à tous les temps, ce qui n’était pas le cas il y a encore quelques années. Le coaching, comme une solution à tout ce qui est déglingué, déstabilisé. Une solution qui rassure, qui permet effectivement – je me répète – de remettre de l’ordre dans un monde déboussolé

BLOG Comment vous êtes-vous fabriqué cette vision du coaching? Celle qui “remet de l’ordre”
M.D “Parce que je pense que le coaching c’est l’alliance entre ce que faisaient avant l’instituteur, le médecin et le curé. Ces trois avaient des fonctions de formation, pour régler les dysfonctionnement du réel, du corps et de l’esprit, de la conscience. On pourrait d’ailleurs en rajouter un quatrième qui serait le journaliste, celui qui explique le monde. Ils sont tous en crise et cela crée des manques. Quand ces fonctions ne sont plus assumés, vient le besoin de retrouver de l’ordre, du sens et du temps
En fait le coaching c’est aussi ça: prendre son temps, prendre du temps.
Un autre élément qui permet de mettre tout ça en valeur c’est que tout va vite et de plus en plus vite. Quand un avion se pose sur l’Hudson à New York, 3 minutes après, parce qu’un type a pris une photo avec son téléphone portable, 600 personnes de son propre réseau social ont la photo. 10 minutes plus tard les journaux et les télés américaines s’emparent de l’info. Une demi heure plus tard, le monde entier a récupéré l’événement.

BLOG: C’est quoi le côté positif de ça ?
M.D “On ne peut plus rien laisser de côté, du détail jusqu’aux choses plus larges, on est abasourdi d’informations – donc, en fait, ce n’est pas positif ….
Mais bon, aujourd’hui, dans un monde qui bouge de plus en plus et qui est de plus en plus instable, qu’est-ce qui rend les choses stables ?
Qu’est-ce qui fait prendre acte? Moi je perçois, sans connaître quoi que ce soit au “kou-at-chaing”, que ça peut y participer. Ca explique pourquoi dans les entreprises, vous écoutez, vous voyez, vous faites une analyse – un diagnostic – vous proposez et surtout vous accompagnez. Pour reprendre le mot, et c’est pour ça que vous remplacez l’instit, le médecin et le curé: vous êtes un ACCOMPAGNATEUR d’une structure, et vous êtes celui qui, en plus, fait accoucher, à base de dialogue, d’un certain nombre de propositions, pour le bien être de la communauté.”

BLOG: Quelle belle définition, il doit bien y avoir un côté négatif dans tout ça?
M.D “Oui, ceux qui se prennent pour des gourous. Ceux qui considèrent que, parce qu’ils ont une magnétique, des moyens, et qu’ils sont des professionnels savent comment on joue de l’imaginaire, de l’affectif, de la psychologie. Ils sont des manipulateurs.
Parce que, au fond, votre boulot c’est de remettre de la confiance là où il n’y en a plus, remettre de la confiance pour que l’entreprise marche bien, pour qu’elle soit plus productive: en idées, en produits, en valeurs, en efficacité…
Donc, remettre les choses en place et en ordre
L’une des dérives c’est donc que des gens très forts prennent une place trop importante – vous font croire des choses, comme en leur temps l’instituteur, le médecin et le curé – sans remettre en cause leur propre compétence.

BLOG: Ca dit quoi de vous qui êtes un peu philosophe et en tous cas un grand philosophe du numérique !!?
M.D “ Il y a des gens qui me disent que je les fait penser à Michel Serres. Je souris et pense que ça vient des cheveux !!!!
La manière de se comporter dans la société implique d’être autonome et libre.
Et oui, j’ai besoin de prendre du recul, de prendre le temps. J’assume évidemment le mot équilibre. »

BLOG: “Vous voulez qu’on en parle ?????!!”
M.D
(pfffff) “Vous me faites rire !!!! Vous avez fait de la télé vous, non??”“ L’histoire de prendre acte est très importante aussi. Véritablement. Et cet élément là me semble essentiel: Autrefois, à la veille du commencement d’une manifestation, je déclarai régulièrement … “Et s’il pleut. Il pleut”. C’est anecdotique mais voilà, c’est tout, on ne peut rien y faire. Il faut prendre acte”

BLOG: Et dans votre entreprise, on les retrouve vos valeurs autonomie, liberté et équilibre?
M.D “Je considère que oui, parce qu’il n’y a que comme ça que l’on peut avancer. En même temps, certains diront peut-être que j’impose une vision des choses. Mais ils y participent, bien sûr, sinon ils ne seraient plus là.
J’assume toutes les évolutions, je les partage, mais je suis le patron, si c’est ça que vous voulez me faire dire! ”

BLOG: Que retiendrez-vous de cet entretien ?
M.D“ Je suis profondément déçu”

BLOG: ??
M.D “Je suis profondément déçu parce que je n’ai toujours pas compris ce qu’est le couhatchin….!!!! Mais je vois aussi qu’en me posant la question, au début de notre entretien, vous posez surtout la question suivante: comment m’obliger à réfléchir, donc à structurer ma pensée. Dans ce sens c’est positif. C’est absolument essentiel qu’il y ait dialogue, confrontation. Le mécanisme de l’écoute est nécessaire à tout équilibre.
Et vous, vous avez l’intelligence de laisser faire les gens, de les écouter pour ensuite pouvoir leur faire des propositions.”

Merci Marcel!
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Un commentaire sur “L’INVITE DU BLOG Avril 2009 “Vous voulez qu’on en parle ???? “ Marcel Desvergne”

  1. Sandrine dit :

    Cher Monsieur,

    je suis tellement d’accord avec cette idée que le coach est la version moderne de l’éducateur et du médecin de famille, que j’en oublie presque que je ne suis pas d’accord avec la ressemblance avec le curé!

    Aucun dogme en effet dans la pratique du coach.Le client est la seule personne qui sache ce qui est bon pour lui. il n’est en aucune façon question de le lui dire. (Comment diable pourrais je le savoir d’ailleurs?)

    mais peut être que les curés de votre histoire étaient bienveillants,persuadés de ne rien savoir à la place de leur fidèle et amateurs de maïeutique?
    Merci à vous Monsieur Marcel.

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