L’Appel

En ces temps de commémoration de l’appel du Général  de Gaule à la Résistance, je voudrais partager avec vous cette interrogation que soulève en moi la situation des êtres humains dans les entreprises et les institutions.

Les entreprises attendent des hommes et femmes qui les composent, adhésion, loyauté, engagement, sens du collectif, travail assidu, capacité à s’améliorer encore et toujours…
Le tout au service de la performance hissée quasi seule au firmament de l’idéal à atteindre. Pourquoi attendent-elles cela et pas seulement de l’obéissance répétitive comme au temps du taylorisme ? Parce qu’elles ont complexifiés leur production et ont besoin de l’incroyable capacité d’adaptation des êtres humains pour réussir les miracles quotidiens qu’elles accomplissent.

Les cadres se sont donc multipliés au cours des 100 dernières années pour permettre au dirigeants d’encadrer des ressources humaines de plus en plus diverses. Ils  sont chargés de transmettre ces idées d’engagement et d’adhésion à  leurs équipes, ils sont les garants non seulement des produits et services créées par leurs troupes dans le respect des délais et des contraintes multiples exigées par le marché mais aussi de la motivation, du développement des potentiels humains et de l’engagement personnel et collectif de chacun de leurs hommes. Pour cela on leur demande de faire preuve d’initiatives, de devenir des managers talentueux, d’utiliser leur potentiel, de s’améliorer sans cesse et pour cela parfois on leur offre des coachings.

Quelle est la promesse qui leur est faite  en échange de ces efforts ? De l’argent, un statut social, un pouvoir de consommation élevé, une position sociale enviée, bref le bonheur version occidentale 20°siècle !

Pendant longtemps ce statut privilégié leur a permis également de jouir de plus de confort dans leur travail, d’avoir du temps pour penser, utiliser leur créativité, parfois même ils pouvaient se sentir reliés à leurs collègues et à leurs dirigeants, ils partageaient les mêmes ambitions, les mêmes rêves pour leur entreprise, les mêmes espoirs…

Mais aujourd’hui, un phénomène curieux a pris une ampleur inattendue. Aujourd’hui, les entreprises sont gouvernées non plus par des hommes qui les ont crées et transmises à d’autres hommes mais par des « institutions financières » invisibles, virtuelles,  inconnues des cadres et dirigeants. Ces institutions exigent au nom des promesses faites à leurs clients, une RENTABILITE à deux chiffres d’année en année et comme une vis sans fin….

Pour répondre à ces exigences, les entreprises se sont adaptées,  elles ont gagné du temps, fait de la PRODUCTIVITE  et progressivement  on a rogné sur tous les temps improductifs. D’abord dans les ateliers, puis dans les bureaux des employés, puis même dans les bureaux des Directions…

Or, qu’est ce qui se jouait pendant ces échanges informels, ces moments improductifs ? Souvent c’était  là que des liens de solidarités s’épanouissaient parce que les gens y parlaient, certes de leur travail mais aussi de leur vie, de leur familles, de leurs hobbies, de ce qui avait de la valeur pour eux… et parce qu’ils constataient dans ces occasions que même les « affreux » du services d’en face qui leur posent tout le temps plein de problème avec leurs exigences ( Souvenez vous des incompréhensions entre les Commerciaux et la Prod, entre l’informatique et le service marketing, entre les comptables et la R&D, la supply chain ou autre services… ) bref, que ces empêcheurs de travailler en rond étaient comme eux : des personnes engagées dans leur travail et aussi des pères, des mères, des sportifs, des amoureux de la gastronomie ou du vin… bref des êtres humains…

Aujourd’hui, faute de « fraterniser » avec les autres services, on s’affronte, on rejette la « faute » sur l’autre, cet inconnu qu’il faut traiter en « client » ou en « fournisseur » interne.

Alors aujourd’hui, ne nous étonnons pas qu’on nomme les membres d’une entreprise ou d’une institution des COLLABORATEURS. Ce n’est pas un hasard sémantique, c’est ce que le « marché » attend d’eux. Qu’ils collaborent pour produire des richesses au service des systèmes financiers qui nous gouvernent.

Souvenons nous de l’appel du 18 juin, peut être avons nous perdu une bataille aujourd’hui et perdu de vue que la vie d’un être humain ne se résume pas à être un collaborateur, mais la guerre n’est pas finie.

Les fameuses « Résistances au changement » qu’on nous demandent à nous les coachs d’éradiquer,  sont l’expression de cette envie de résister qui parcourt nos vies et nous conduit à nous interroger : qu’est ce qui a vraiment de la valeur pour moi ? Qu’est ce que je veux vraiment faire de ma vie ? Qu’est ce qui est important pour moi ? Et, à partir de là, d’autres histoires peuvent être racontées. Des histoires de plaisir, de succès, de performance collective, de partage, d’équité, d’Humanité quoi!

2 commentaires sur “L’Appel”

  1. Laurence dit :

    Dans cet environnement où collaborateurs, objectifs, individuels et collectifs viennent mettre à mal la simple communication entre individus, un métier « la Communication Interne » en tant que structure et programme intervient pour mettre du lien entre les individus, donner du sens à la relation au quotidien, comme pour se souvenir que l’entreprise est une aussi un groupe où partage et solidarité ont une place. Il convient alors de faire de cette communication non pas une simple cosmétique, mais un vrai fil conducteur de valeurs, d’ authenticité et d’engagement. Difficile à faire vivre tant l’entreprise n’est plus le corps social qui lui donne tout son sens et sa légitimité…

  2. jean-alain le borgne dit :

    Ce billet d’humeur m’inspire l’origine du mot manager. Le manager moderne se doit être un homme de ménage exemplaire. Nous sommes tous, face à ces process et au stress qui en découle, des techniciens de surface. Il s’agit de balayer devant sa porte. Pour se manager, il convient d’abord de se ménager soi-même. Mettre un pas d ecôté, s’aménager un espace d’ouverture, affranchisseur. Et ce palier de décompression (à définir suivant chaque individu) est peut-être le meilleur rempart, la vraie « résistance » face à tous ces changements au nom de la performance…et un début de réponse aux questions exitentielles du dernier paragraphe.

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