
Marie Borgel
Avec son regard aussi magnifique que perçant, un franc-parler évident et une énergie aussi insolente que son humilité, Marie Borgel, la toute petite quarantaine, est le PDG du très réputé Saint James un des établissements les plus prestigieux de Bordeaux dont le restaurant vient d’obtenir sa deuxième étoile au Michelin! (l’hôtel et ses trois restaurants, 40 personnes)
C’est avec beaucoup de spontanéité et de gentillesse que Marie Borgel s’est prêtée à notre “narrative interviewe”.
BLOG: Quelle est votre vision du coaching?
M.B “C’est une ouverture d’esprit qui permet de lever le nez du guidon et de prendre du recul par rapport à certaines situations. Ca peut être un tuteur pour le dirigeant qui est souvent seul face aux décisions à prendre, face aux soucis, face aux responsabilités. Un dirigeant ne peut pas montrer ses failles. Le coaching est comme de l’oxygène qui offre la possibilité d’évoluer.
Donc, c’est une aide précieuse; quand on arrive à bien se comprendre.”
BLOG: Comment vous êtes-vous fabriqué cette vision du coaching?
M.B “C’est l’expérience qui a surtout affiné cette vision. Parce qu’il y a tellement de coachs aujourd’hui… c’est un mot … “un coach “un coach, “moi j’ai mon coach”!!!
J’ai eu beaucoup de coachs, en cohésion d’équipe ou toute seule. En fait, j’ai été coachée et j’ai fait coacher des collaborateurs, parce que je savais déjà que ça apporte quelque chose qui permet élargir le champs de vision.
Parce qu’on se pose tous des questions, comment on est? Comment on se situe dans l’équipe et par rapport à l’autre? Ensuite je suis devenue DRH France du groupe et j’ai été accompagnée par des coaches et des formateurs.
Cette période de ma vie m’a énormément apporté et m’a donné une dimension du monde de l’entreprise que je n’avais pas avant.”
BLOG: Que du positif alors?
M.B “Oui, pour moi il n’y a que du positif. Même s’il y a un bémol”
BLOG: un bémol?
M.B “Oui: Trouver la bonne personne. Vous voyez moi, je suis une femme de coeur, si je parle avec quelqu’un qui a des dollars dans les yeux, je sais que ça ne pourra pas marcher …..Il faut avoir les mêmes valeurs. Il ne faut pas se faire avoir. Quand je me fais approcher….je fais attention à ça”
Dans ma vie précédente, j’ai eu un gros de travail de cohésion d’équipe à faire dans le cadre du rachat d’Aldis par un groupe suisse. Il fallait que les gens puissent travailler les uns avec les autres d’une grande région à l’autre et toutes autonomes jusqu’à lors. Et ensuite, lorsque mon père a vendu en 2000, il a fallu refaire la même chose avec le groupe repreneur.
Donc oui, que du positif, sachant que toute la difficulté réside dans le fait de trouver le bon interlocuteur. Et c’est pas si facile”
BLOG: Ca dit quoi de vous? Vous êtes une femme de coeur donc?
M.B “ Et ce n’est pas toujours le plus simple, mais ….
c’est pas dans la question ça ???????”
BLOG (éclat de rire): Mais vous regardez ma fiche!
M.B “Oui, je lis à l’envers, c’est pas très difficile!
Oui. Je suis quelqu’un de très sensible à l’environnement… comment dire? Le coeur pour moi c’est important. J’aime l’échange avec les gens, même si je ne suis pas toujours facile d’abord parce que, comme beaucoup de monde, j’ai besoin d’un certain temps. Mais dans la vision quotidienne que j’ai de moi ici, je suis très proche de l’humain.”
BLOG: “Vous voulez qu’on en parle ?????!!”
M.B “NOOOON ! C’est bon! Ce qui est très important c’est que je ne suis pas plus différente dans ma vie à la maison que dans ma vie professionnelle. Il n’y a pas de décalage entre ma vie à la maison et ma vie au travail. Si je “jouais un rôle” en arrivant ici, je serais peut-être un boss dur, charismatique, solitaire, autoritaire. Mais je ne peux pas me transformer comme ça puisque je ne suis pas comme ça !
Passant énormément de temps au travail, j’essaie d’être en harmonie avec moi-même, c’est mon équilibre aussi. C’est ce qui fait que je crée des liens très affectifs avec mes collaborateurs, les personnes ne sont pas des numéros, je m’intéresse à elles, je m’intéresse à leur vie. Et c’est comme ça que je peux bien travailler avec quelqu’un.
Je dépasse souvent l’unique côté professionnel parce que pour moi, il n’y a pas que ça. Ici, au Saint James, il n’y avait pas cette dimension humaine. Il manquait quelque chose. »
BLOG C’est une histoire ?
MB “C’est une histoire”
BLOG: Et dans votre entreprise, on la retrouve comment?
M.B “. Il y a plein de choses qui se passent, il y a une vraie culture d’entreprise; mais vous savez ça ne se fait pas du jour au lendemain. Il faut savoir se faire accepter, ça se fait petit à petit.. maintenant on se retrouve pour Noël, il y a comme ça des moments privilégiés et donc, vraiment, une équipe qui est fiable et qui est soudée et qui se solidifie de plus en plus. Aujourd’hui, c’est une histoire qui continue et qui s’embellit. Mais ce n’est pas un conte de fée.”
Vous savez dans le milieu de la restauration, les relations sont très dures, en cuisine c’est genre “oui chef”, “bien chef”. Les cuisiniers sont souvent des gens qui, ayant souffert jeunes pendant leur apprentissage, reproduisent la même chose avec leurs cuistots. Il y a des bizutages et l’ambiance n’est pas toujours rose. Mais je veille à ce que, justement, ici, on puisse apprendre sans mal traiter les gens, je veille à ce que chacun soit respecté et respecte l’autre.
C’est une histoire de coeur, une histoire qui continue tous les jours et qu’on écrit ensemble.
Si vous saviez comme je suis heureuse quand un stagiaire revient nous dire bonjour et donner de ses nouvelles: c’est vraiment important.
Et même si c’est dur, je me dis que vraiment, ça vaut la peine de se battre, on a envie d’aller au bout du bout. Les valeurs de l’entreprise sont un peu les miennes, c’est vrai. Et elles sont partagées, chacun trouve un plaisir à travailler là.”
BLOG: Que retiendrez-vous de cet entretien ?
M.B “Cet entretien? C’est un coup de stabylo sur ce que m’a apporté le coaching jusqu’à présent, et je sais que j’ai encore plein de choses à faire ici, notament en terme de cohésion d’équipe. Mais dans l’hotellerie restauration, tout le monde est dans l’urgence, il y a toujours quelque chose à faire avant une formation!”
A lire aussi: “Si tu dors t’es mort”, le bel entretien d’Alain Ribet avec Marie Borgel dans le numéro de février d’Objectif Aquitaine à retrouver sur http://www.objectif-aquitaine.com