Soumission à l’autorité

18 mars 2010

Nous sommes à juste titre horrifiés par la réédition de l’expérience de Stanley Milgram par Christophe Nick, hier soir, sur FR3.

Sa fausse émission de jeux où les candidats sont punis par des décharges électriques et où le véritable cobaye est celui qui envoie les décharges sous l’autorité d’une animatrice installe effectivement la télévision au rang des pouvoirs dominants majeurs de notre société ; nous disons depuis longtemps qu’elle est le vecteur privilégié d’exercice du « pouvoir moderne », que Michel Foucault a décrit comme la prescription faite aux individus de s’auto-surveiller pour correspondre à une norme. Le plus inquiétant, c’est que dans les années 60, lorsque Milgram a mené sa série d’expériences, la proportion de cobayes qui allaient jusqu’à la dose dangereuse était de 62 % Ici, avec un public déchaîné et une animatrice qui assure : « nous prenons l’entière responsabilité », avec aussi l’appât du gain et le fait se se savoir regardé par des millions de télespectateurs (parfait dispositif panoptique) donc l’idée dominante d’être fort et de ne pas « craquer », c’est 80 % des cobayes qui poussent les manettes dangereuses, malgré les cris de douleur du candidat.

Mais nous passons à côté de quelque chose. Lire le reste de cet article »

La Narrative de l’école à l’entreprise.

5 mars 2010

La semaine dernière une discussion avec une DRH m’a permis de me souvenir de cette petite histoire vécue il y a quelques mois et qui mérite je crois d’être narrée.

Mon fils de presque 8 ans va à l’école depuis ses 3 ans et demi comme la plupart des enfants. Dès la moyenne section de maternelle il a été évalué comme ses petits camarades, et une « histoire de problème » a commencé à se mettre en place. « Enfant studieux, intelligent, appliqué, gentil, mais…lent ! »Idem en grande section et arrive le CP.

Lors du RV annuel de bilan avec l’institutrice, en présence des parents et de l’enfant, celle ci exprime sa satisfaction devant le travail accompli, félicite son élève pour, au moins, une douzaine de qualités, le complimente pour son attitude et réussi même à valoriser sa lenteur en lui expliquant qu’il a su ne pas être lent au 2ème trimestre…

Le soir même, en bon coach narratif, j’interroge mon petit garçon sur ce qu’il a retenu de cet entretien, histoire d’ancrer les messages positifs et il me dit « elle a dit que je suis lent ! » « Heu, oui parfois, mais qu’est ce qu’elle a dit d’autre ? »………..après quelques longues secondes de réflexion, il retrouve peu à peu et à ma demande, le reste…
L’histoire de Problème a donc commencé un travail de sape et il s’agit de s’en occuper… Dès lors, je m’attache à procurer à mon fils l’occasion de développer une histoire alternative…

En CE1, ayant raté la réunion de classe, je m’en vais voir la maîtresse tôt dans l’année, histoire de faire connaissance et avec l’idée de lui parler de cette « histoire de problème ». Elle m’accueille avec le sourire et me propose de me parler de mon fils avec cette introduction : « Vous n’êtes pas être inquiète, j’imagine, vous savez que c’est un garçon brillant. » et moi de répondre, « oui, je sais qu’il travaille très bien et est intelligent mais depuis 3 ans, on me dit qu’il est lent… »
« Ah oui, me dit elle, mais ça c’est réglé. Vous n’avez pas remarqué qu’il fait les choses beaucoup plus vite ? »
Effectivement, je l’avais noté d’autant plus qu’à la maison, j’organisais la « «lutte contre l’histoire de problème » en valorisant tous ses progrès et en lui demandant toujours comment il s’y est pris pour faire si vite…

Alors je demande à l’institutrice : « Mais comment avez vous fait ? »
« C’est facile, j’ai observé quand je posais des questions, qu’il a les yeux qui brillent dès qu’il a compris, et qu’il comprend très vite. J’étais donc peinée pour lui de voir tout le temps qu’il perdait à rédiger ses réponses, au début il était presque toujours le dernier à rendre son travail, c’était d’autant plus désolant que du coup, il n’avait jamais de temps libre. »
« Alors, je lui ai fait remarquer chaque fois qu’il était rapide, je l’ai félicité chaque fois qu’il n’était pas le dernier. Au bout d’un moment, pour ne pas gêner les autres, je lui adressais juste un petit signe de félicitation, c’était comme un code entre nous à chaque fois qu’il avait fait vite. Et maintenant, il y a des jours où il est rapide, des fois où il l’est moins mais ce n’est plus un problème, il a du temps pour tout. »

Voilà la démonstration du caractère inné de l’ Approche Narrative : L’institutrice a exercé sa curiosité, elle a observé sans à priori pour comprendre comment s’y prenais le problème pour rendre son élève lent et elle l’a contré en favorisant le développement d’une histoire alternative.

La personne n’est pas le problème ! Le problème est d’autant plus puissant qu’il s’enracine sur un terreau favorable (l’histoire de lenteur du père en l’occurrence). Et ce n’est pas en traitant le problème qu’on progresse, c’est en « épaississant » l’histoire préférée alternative ! Plus cette institutrice permettait à mon fils de constater ses rapidités, plus elle agrandissait le territoire identitaire non envahi par le problème.

Je ne saurais jamais assez remercier cette institutrice dont le talent remarquable a barré la route a une « histoire de problème » qui en grossissant aurait pu gâcher la vie scolaire d’un enfant qui adore l’école.

C’est la même méthode que nous appliquons en entreprise, que ce soit individuellement ou collectivement. Et ça fonctionne aussi bien.

Un violon sur le moi

18 février 2010

On dit souvent dans notre pratique narrative que le contexte est essentiel à la compréhension des problèmes. En voici une formidable illustration à travers un powerpoint que nous avons reçu (cliquer ici), qui s’applique parfaitement à la vie en entreprise. Combien de managers talentueux et de cadres à haut potentiel sont ainsi laissés pour compte parce qu’ils ne se détachent pas sur le bon « fond » de paysage ? Et combien de fois sommes nous passés à côté de bonnes idées, influencés par notre contexte culturel, économique ou managérial en nous disant que « c’est impossible » ou en n’étant même pas conscients que nous passions là à côté d’une formidable opportunité… que quelqu’un d’autre, plus rêveur ou moins pressé a su remarquer et faire fructifier ? Une leçon à méditer…